
Une
Possession française prise à la France et occupée
par le Mexique
l'île Clipperton
Une
possession française nous a été ravie. Par qui?
Par le Mexique. Quelle est cette possession? L'île Clipperton située
à 2000 milles au nord-est des Îles Marquises, dans l'Océan
Pacifique.
C'est le croiseur le Catinat qui, naviguant dans ces parages, vit avec
étonnement le pavillon mexicain flotter sur cet îlot. Il
en écrivit au Ministère de la Marine. Mais on n'attacha
pas une extrême importance à ses dires. Pourtant si l'île
Clipperton, qui coupe la route que devront suivre invariablement les navires
qui se dirigeront de Panama aux îles Hawaï, n'a pas une large
étendue territoriale, elle a une importance stratégique
considérable : en outre, au point de vue commercial, sa possession
est intéressante, car cette île est fort riche en guano.
C'est en 1858 que fut déclarée française l' île
Clipperton. Un décret du 16 avril 1858 avait approuvé une
convention passée entre le Ministre impérial, secrétaire
d'Etat au département de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux
publics, M. E. Rouher, et un négociant du Havre, aux termes de
laquelle, sur les indications fournies par ce négociant, une prise
de possession de certaines îles océaniennes pourrait être
faite, au nom de la France, par un commissaire spécialement désigné
à cet effet. Ce négociant signala l'île Clipperton
: le Gouvernement français en délibéra et la prise
de possession fut décidée.
Depuis 1858, l'île Clipperton jouit de la " possession d'Etat
" de terre française. Il n'est pas un dictionnaire, une géographie,
un atlas, qui ne porte cette mention accolée au nom Clipperton
: " île française ". L'Atlas de Géographie
moderne de Schrader, Prudent et Anthoine, édité par la maison
Hachette, fait suivre le nom de l'île de la mention (F); la carte
18, consacrée aux colonies françaises, range également
file Clipperton parmi les îles françaises.
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De
même à l'étranger, notamment en Allemagne, on enseigne
depuis un demi-siècle que Clipperton est terre française;
l'Atlas de Stieler, qui en ces matières a la valeur d'un document
diplomatique, souligne Clipperton à la teinte française.
Cependant, à cette heure, Clipperton est occupée militairement
par un détachement mexicain. Un jour est, en effet, venu où
le Mexique, qui convoitait cette clef océanienne, s'en est emparé
brutalement, en pleine paix.
Lorsque cette nouvelle fut connue, M. Henri Mager, membre du Conseil supérieur
des Colonies, écrivit au Ministre des Colonies pour lui signaler
les inconvénients de cette mainmise des Mexicains sur cette possession
française. " N'abandonnez pas Clipperton, lui disait-il, sous
cette excuse que l'île est petite, sans habitants et sans cultures;
elle est petite, mais son importance est grande : c'est une des clefs
du Pacifique ; c'est un relais obligatoire entre Panama et les îles
Hawaï, entre Panama et l'Asie; qui tient Clipperton tient la route
d'Asie. Nous possédons avec Tahiti la clef de l'Australie, avec
Clipperton, la clef de l'Asie n'abandonnons ni l'un, ni l'autre. "
Quelques semaines après la publication de cette lettre une Commission
interministérielle était constituée pour décider
sur la question de Clipperton : elle comprenait un représentant
des Affaires Etrangères, un représentant de la Marine, un
représentant des Colonies. Le délégué des
Affaires Etrangères opina pour l'abandon ; le délégué
de la Marine et le délégué des Colonies s'élevèrent
avec énergie contre cette solution, qui ne pourrait que révolter
le sentiment français; ils demandèrent que la question de
Clipperton fût soumise à un arbitrage.
Il y a un an que la Commission a fini ses travaux et l'on peut se demander
si nous allons, par un silence qui persiste, couvrir l'acte du Mexique.
Ce
texte est paru en 1909 dans "A travers le monde", supplément
géographique/economique du "Tour du Monde"
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