Article publié dans 'A Travers le Monde' de 1910, sur l'occupation par le Mexique de l'ilot du pacifique 'Clipperton' considéré français.
Report from 'A Travers le Monde' -french magazine of 1910-, about the occupation by Mexico of pacific islet 'Clipperton', considered as a french territory.

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Une Possession française prise à la France et occupée par le Mexique
l'île Clipperton

Une possession française nous a été ravie. Par qui? Par le Mexique. Quelle est cette possession? L'île Clipperton située à 2000 milles au nord-est des Îles Marquises, dans l'Océan Pacifique.
C'est le croiseur le Catinat qui, naviguant dans ces parages, vit avec étonnement le pavillon mexicain flotter sur cet îlot. Il en écrivit au Ministère de la Marine. Mais on n'attacha pas une extrême importance à ses dires. Pourtant si l'île Clipperton, qui coupe la route que devront suivre invariablement les navires qui se dirigeront de Panama aux îles Hawaï, n'a pas une large étendue territoriale, elle a une importance stratégique considérable : en outre, au point de vue commercial, sa possession est intéressante, car cette île est fort riche en guano.
C'est en 1858 que fut déclarée française l' île Clipperton. Un décret du 16 avril 1858 avait approuvé une convention passée entre le Ministre impérial, secrétaire d'Etat au département de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, M. E. Rouher, et un négociant du Havre, aux termes de laquelle, sur les indications fournies par ce négociant, une prise de possession de certaines îles océaniennes pourrait être faite, au nom de la France, par un commissaire spécialement désigné à cet effet. Ce négociant signala l'île Clipperton : le Gouvernement français en délibéra et la prise de possession fut décidée.
Depuis 1858, l'île Clipperton jouit de la " possession d'Etat " de terre française. Il n'est pas un dictionnaire, une géographie, un atlas, qui ne porte cette mention accolée au nom Clipperton : " île française ". L'Atlas de Géographie moderne de Schrader, Prudent et Anthoine, édité par la maison Hachette, fait suivre le nom de l'île de la mention (F); la carte 18, consacrée aux colonies françaises, range également file Clipperton parmi les îles françaises.

De même à l'étranger, notamment en Allemagne, on enseigne depuis un demi-siècle que Clipperton est terre française; l'Atlas de Stieler, qui en ces matières a la valeur d'un document diplomatique, souligne Clipperton à la teinte française.
Cependant, à cette heure, Clipperton est occupée militairement par un détachement mexicain. Un jour est, en effet, venu où le Mexique, qui convoitait cette clef océanienne, s'en est emparé brutalement, en pleine paix.
Lorsque cette nouvelle fut connue, M. Henri Mager, membre du Conseil supérieur des Colonies, écrivit au Ministre des Colonies pour lui signaler les inconvénients de cette mainmise des Mexicains sur cette possession française. " N'abandonnez pas Clipperton, lui disait-il, sous cette excuse que l'île est petite, sans habitants et sans cultures; elle est petite, mais son importance est grande : c'est une des clefs du Pacifique ; c'est un relais obligatoire entre Panama et les îles Hawaï, entre Panama et l'Asie; qui tient Clipperton tient la route d'Asie. Nous possédons avec Tahiti la clef de l'Australie, avec Clipperton, la clef de l'Asie n'abandonnons ni l'un, ni l'autre. "
Quelques semaines après la publication de cette lettre une Commission interministérielle était constituée pour décider sur la question de Clipperton : elle comprenait un représentant des Affaires Etrangères, un représentant de la Marine, un représentant des Colonies. Le délégué des Affaires Etrangères opina pour l'abandon ; le délégué de la Marine et le délégué des Colonies s'élevèrent avec énergie contre cette solution, qui ne pourrait que révolter le sentiment français; ils demandèrent que la question de Clipperton fût soumise à un arbitrage.
Il y a un an que la Commission a fini ses travaux et l'on peut se demander si nous allons, par un silence qui persiste, couvrir l'acte du Mexique.

 

 

 

 

Ce texte est paru en 1909 dans "A travers le monde", supplément géographique/economique du "Tour du Monde"