L'arrivée
à Capetown: au fond la montagne de la table
VOYAGE
DANS L'AFRIQUE DU SUD
PAR Mlle ETHEL MATHER BAG
I - AU TOMBEAU DE CECIL RHODES ET AUX VICTORIA FALLS
Comment on va d'Angleterre en Afrique du Sud. - Capetown. - En wagon de Capetown à Bulawayo. - Le tombeau de Cecil Rhodes - En route vers le Zambèze. - Les Victoria. Falls. - Retour vers le Sud. - Arrivée à Johannesburg.
L'Afrique
- du Nord et du Sud - préoccupe à un tel point, à l'heure
actuelle le monde civilise, que les lecteurs du Tour du Monde s'intéresseront
sans doute au récif du voyage qu'a fait l'auteur de ces lignes pour aller
visiter le tombeau de Cecil Rhodes, dans des Matoppos, et les Victoria Falls (Chutes
du Zambéze). Du moins, ils pourront se rendre compte des beautés
de cute partie du monde à la vue des quelques photographies qui accompagnent
cet article. i1 y a plusieurs compagnies qui entreprennent le service entre l'Angleterre
et les ports sud-africains; la meilleure est celle des " mail boats "
de la Union Castle-line. On part de Londres le samedi matin pour prendre le bateau
à Southampton. Grands mouvements de foule, bousculades, cohue. On s'embarque.
Les voyageurs font leurs adieux aux amis qui sont venus les saluer, et enfin,
vers 4 heures, le grand bateau évolue lentement sur le Solent pour gagner
la pleine mer. Si la baie de Biscaye soutient sa vieille réputation, on
peut s'attendre à y être un peu ballotté ; mais après
avoir quitté Madère, on navigue sur une mer presque toujours calme,
sauf à deux jours environ de Capetown, où la mousson fait trop souvent
des siennes.
Le quatrième jour, on fait escale pendant environ quatre
heures à Madère, ce qui permet de débarquer à Funchal,
capitale de l'île, d'y déjeuner, d'acheter des broderies, et de se
promener parmi les fleurs, les palmiers et les arbres fruitiers, d'une magnificence
déjà toute tropicale.
Après cette petite interruption,
on repart pour entreprendre un fort long trajet sans aucune relâche.
Mais
une fois qu'on est installé à bord, le temps passe bien vite. Il
se forme de petits groupes d'amis, des flirts s'ébauchent, des relations
s'amorcent. Le jour, on a pour se divertir différents sports , et, le soir,
le concert ou le bal. Enfin, s'organise la grande soirée où l'on
décerne des prix à ceux qui se sont distingués dans divers
concours : lutte, sains, travestis même, où chacun s'est efforcé
d'arborer le costume le plus pittoresquement inédit. Les heureux gagnants
sont couronnés par une des dames de marque du bord.
Enfui, après
dix-sept jours de traversée, à l'aube, on voit se profiler la "
Table Mountain ". Je crois qu'il y a peu de scènes aussi impressionnantes
que l'arrivée à Capetown.
Aussitôt que le jour point,
on entrevoit la ville, blottie au pied de la grande montagne qui justifie bien
son nom de Montagne de la Table et qui est presque toujours couverte de nuages.
De toutes parts se dressent des hauteurs et, comme nous avons justement quitté
l'Europe au mois de juin ou de juillet pour voir les eaux du Zambèze dans
la meilleure saison, nous trouverons l'hiver ici et les sommets du sud de l'Afrique
seront couverts de neige. Mais à Capetown il ne fait jamais froid, comme
on peut d'ailleurs s'en rendre compte par la belle végétation qu'on
y admire.
C'est une opinion commune parmi les botanistes que la flore merveilleusement
variée de la région du Cap, si l'on tient compte des limites de
la contrée, est la, plus riche du monde entier en variétés
originales.
Ce qui frappe surtout, une fois que le bateau a jeté l'ancre,
c'est la couleur étrange de la main d’œuvre : elle est de toutes les nuances
qui vont du noir au blanc, mais le café au lait domine. Au Cap, comme du
reste dans toute l'Afrique du Sud, la question des races est d'actualité.
On rencontre des Africains de tous les types imaginables: insulaires de Sainte-Hélène,
Malais, Indiens, métis de toutes les races noires qui se sont mélangées
aux Hollandais, aux Français, aux Anglais venus ici jadis soit pour fonder
une station de ravitaillement à l'usage des voyageurs de la Dutch-East-India-Compasy
qui s'en allaient aux Indes, soit pour fuir les persécutions dans leurs
propres pays, soit enfin pour chercher fortune dans cette partie du monde.
![]() Un chef indigene |
|
Je
pourrais m'arrêter longtemps à décrire toutes les beautés
de Capetown et tout ce qui s'y trouve d’intéressant, mais notre première
visite doit être pour la tombe de Cecil Rhodes et pour cela , il faut se
hâter, car nous avons encore beaucoup à faire avant que tout notre
bagage soit sorti des mains de la douane et déposé dans le vagon...
Nous voici donc dans un de ces petits trains du gouvernement du Cap. Les vagons
sont très confortablement divisés en compartiments pour deux et
quatre voyageurs, et quelques-uns comprennent des salons pour familles, tout garnis
de cuir, ce qui nous change agréablement du velours sale habituel aux Vagons
européens. Les vagons-restaurants qui accompagnent les trains principaux
sontpropres et agréables, et comme on marche à une vitesse d'environ
trente Kilomètres à l'heure, les voyageurs arrivent à destination
en Rhodésia peu fatigués en proportion du long trajet qu'ils ont
accompli.
En partant de Capetown, le train passe d'abord au milieu de fermes
florissantes. Ce sont de petites maisons blanches, d'aspect très avenant,
ombragées par de vieux arbres et entourées de champs et de vignes
bien cultives, car c'est ici une région vinicole par excellence. Mais au
bout de quelques kilomètres, le pays devient plus sauvage et bientôt
s'ouvre la vallée du " Hex River ". Le train file entre
de hautes montagnes couvertes d'une végétation rabougrie, monte
sur l'immense plateau qui forme une grande partie de l'Afrique du Sud, traverse
le désert du Karoo; non pas un désert sablonneux, comme on se le
représentait étant écolier, mais une vaste étendue
onduleuse, couverte d'une pauvre verdure clairsemée. Quelque maigre qu'il
soit, ce terrain semble plaire aux autruches: on en rencontre qui cherchent leur
nourriture et regardent d'un air nonchalant le train qui passe devant elles. Des
troupeaux de moutons paissent çà et là, et l'on s'étonne
de voir dés bêtes aussi grasses et aussi prospères sur un
territoire d'aspect aussi chétif.
Les couchers du soleil sur le karoo
et sur le veldt, comme d'ailleurs dans toutes les parties de l'Afrique du Sud
que j'ai visitées, sont d'une beauté indescriptible, bien plus éclatants
que dans notre hémisphère.
Il n'y a qu'un crépuscule très
court; mais dans ces minutes si brèves semblent se concentrer toute la
gloire et toute la magie de la lumière du jour à son déclin
: pas une couleur, pas une nuance ne fait défaut; mais les bleus et les
violets merveilleux prédominent. Même en plein jour, les montagnes
sont d'un bleu intense, et dont je n'ai remarqué l'équivalent nulle
pari ailleurs.
On a beaucoup écrit sur le veldt; mais les mots ne peuvent
pas exprimer 1a fascination qu'il exerce sur ceux qui l'aiment. L'Afrique du Sud,
qu'un poète anglais a si justement symbolisée sous les traits d'une
femme, ne fait rien à moitié: Elle vous laisse entièrement
froid, ou elle vous fascine à un tel point que, pendant tout le reste de
votre vie, vous ne parvenez plus à secouer un pareil charme.
Parmi les
nombreuses localités ou le train s'arrête pendant des trois jours
que dure le trajet dont Bulawayo est le point terminus, il y en a ceux ou trois
dont les noms sont familiers à tout le monde. En première ligne
: Kimberley .
Environ vingt-quatre heures après avoir quitté
Capetown, on voit à de nombreuses particularités que l'on approche
de la capitale du diamant. Partout se creusent des mines qui ont été
le centre d'une production incessante depuis 1876.
La découverte de
ces pierres précieuses dans l'Afrique du Sud fut faite simplement par chance.
En 1857, un commerçant trouva dans une ferme boer de la Colonie du Cap,
parmi une collection de cailloux de rivière, une pierre blanche qui lui
plaisait. On la montra au commissionnaire civil à Colesberg; elle fut déclarée
être un diamant, et plus tard le gouverneur du Cap l'acheta pour 500 livres
sterling. Deux ans après, une deuxième pierre du même genre
fut achetée à un Hottentot, par le fermier lui-même, van Niekerk.
Cette pierre fut vendue d'abord pour 11 200 livres sterling et ultérieurement
pour 25 000 livres au comte de Dudley.
Elle avait reçu le nom d'Étoile
de l'Afrique. Ces trouvailles attirèrent l'attention du public et, comme
elles étaient des pierres de rivière, il y eut bientôt beaucoup
de chercheurs dans les environs du confluent des fleuves Vaal, Modder et Orange.
L'homme
de qui le nom est intimement lié à l'histoire de l'Afrique du Sud
et dont nous allons visiter le tombeau, passa à Kimberley nombre des meilleures
années de sa vie. De 1873, année où il entra à Oriel
College, à Oxford, jusqu'en 1881, où il conquit ses diplômes,
il partagea son temps entre Kimberley et l'Angleterre. Pendant les années
1879 et 1884, il resta à Kimberley, occupé à fonder la compagnie
des mines De Beers. C'est entièrement à Cecil Rhodes que l'industrie
diamantifère dut d'être sauvée de la concurrence désastreuse
des compagnies rivales. C'est en 1888, après une lutte ardente avec Barnato,
que la grande, corporation - De Beers Consolidated Mines - fut fondée et
monopolisa la production des diamants, à l'exception d'un petit nombre
de mines indépendantes. Lors de la guerre Sud-Africaine, Kimberley fut
assiégé pendant quatre mois et Cecil Rhodes contribua si puissamment
à sa défense qu'il s'attira la reconnaissance générale.
L'apparence
de Kimberley est assez triste; la ville est située au milieu d'un pays
très plat et sec; mais ses habitants paraissent l'aimer, et la compagnie
De Beers fait tout ce qu'elle peut pour pourvoir ses employés de maisons
confortables et de distractions.
La station suivante, bien connue aussi, où
l'on arrive au matin du troisième jour du voyage, est Mafeking, petite
ville de deux mille habitants à peine, et dont le peu d'importance matérielle
paraît hors de proportion avec la renommée. C'est d'ici que le docteur
Jameson partit avec sa troupe pour le fameux " Raid ", à la fin
de 1895. Plus tard, pendant la première partie de la guerre, elle fut assiégée
pendant sept mois par le général Paden-Powell, dont la notoriété
s'est accrue depuis qu'il est devenu fondateur de l’œuvre des " Boys
Scouts ".
Pendant que notre train marche vers le nord, nous remarquons
des vestiges de la guerre sous forme de " block-houses " et de petits
tombeaux blancs voisins de quelques gares solitaires, tristes souvenirs de ce
qui se passa ici il y a une douzaine d'années. Mais à part ces traces
matérieles, tous les autres signes de la guerre sont en train, de s'effacer
rapidement. Sans doute il demeure encore, et cela est tout naturel, un sentiment
d'amertume chez ceux qui ont souffert, sentiment entretenu, d'ailleurs par des
politiciens pour leur profit personnel ou par des gens dispersés dans le
veldt et qui ne sentent pas les bienfaits du nouvel état de choses; mais
en définitive, cette guerre, qui appartient déjà au passé,
a vu s'évanouir ses traces dévastatrices sous une prospérité
de dix à douze années, où toutes les races européennes
de l'Afrique du Sud n'ont plus rivalisé que dans les arts de la paix, et
dans une ardente activité pour le plus grand bien de leur pays commun.
Dans
quelques endroits où le drain s'arrête pour prendre de l'eau - on
pourrait à peine leur donner le nom de stations - des indigènes
affluent, dans les costumes ou les attitudes les plus pittoresques. Les uns vendent
des oranges dans des paniers tressés de forme conique, d'autres vous offrent
des " karros ", couvertures faites de peaux d'animaux, dont quelques-unes
sont très belles... A Palapye Road, résidence d'un des chefs de
la région, on peut acheter des sculptures en bois représentant surtout
des animaux, amusants exemplaires de l'art indigène.
Tout le pays que
nous traversons est d'aspect plutôt monotone, mais les reflets de la lumière
changent d'une façon si merveilleuse qu'on ne s'en fatigue pas. Néanmoins,
je suis sûre que tout voyageur sera fort heureux d'arriver à Bulawayo,
le matin du quatrième jour. Comme le train pour les Victoria-Falls ou Chutes
du Zambèze ne part que deux fois par semaine, il s'agit ou bien de passer
quelques jours à Bulawayo, ou bien de consacrer seulement quelques heures
à faire l'excursion des Matoppos, où se trouve le tombeau de Cecil
Rhodes. C'est ce que nous décidons de faire; mais beaucoup préfèrent
s'arrêter dans le très confortable hôtel de Bulawayo d'où
l'on peut aller visiter les ruines de Gouelo, ou le district de Zimbaboue. Le
chemin de fer n'atteint pas encore aux Matoppos, mais la ligne sera bientôt
terminée. En attendant, le seul moyen de transport est la carriole de la
poste. Mais on dit que les ruines merveilleuses de Zimbaboue valent bien quelques
heures de secousses dans les carrioles sans ressors tirées par des mules.
Pendant longtemps, le problème de l'origine de ces ruines : maisons, temples
ou palais, attestant l'existence de toute une ville disparue, a fait l'objet de
longues polémiques; beaucoup de savants ont vu là ce qui reste d'Ophir,
la ville de la Bible. Ils justifient cette opinion en montrant les traces des
nombreuses extractions minières qui y furent opérées anciennement,
ainsi qu'en témoignent, entre autres, les perles d'or qu'on y a retrouvées.
![]() La
colline des Matoppos : En haut le tombeau de Cecil Rhodes | Mais,
à l'heure actuelle, la question est à peu près tranchée
: ce sont des Phéniciens qui ont dû construire cette grande ville. |
Après
la guerre des Matabeles, en 1893, Lo Bengula s'enfuit dans les montagnes, en donnant
l'ordre de faire brûler son grand kraal. On n'entendit plus jamais parler
de lui, et en même temps mourut la race, robuste et bien douée, mais
farouche, des Matabeles.
La ville de Bulawayo a l'air un peu triste, située
comme elle est dans une grande plaine balayée par les vents. Pourtant,
l'observateur le plus superficiel est obligé de remarquer la prospérité
qui y règne. Les rues sont larges et bien tenues; de toutes parts, des
avenues d'arbres ouvrent leurs perspectives sur de belles maisons.
Quelques
minutes après être sortie de la ville, l'auto s'arrêta à
une barrière qui nous fut ouverte par un gendarme noir, très chic
dans son uniforme en jaquette et en culotte de toile blanche. Nous entrons maintenant
dans la propriété de Rhodes. Government House était sa résidence
officielle; mais sa demeure favorite était ici, dans un groupe de maisons
indigènes, des "rondavels " comme on les nomme, c'est-à-dire
des huttes rondes construites en argile recouverte de plâtré et avec
des toits de chaume. Ces huttes ont été remplacées aujourd'hui
par une maison européenne où habite le directeur de la, ferme. Elle
est située en haut d'une petite colline avec perspective sur toute la vallée.
Partout il y a des champs très bien cultivés, du bétail très
bien nourri. Un peu plus loin, nous passons à travers une plantation d'arbres
étranges, encadrés de quantités de " poinsettias "
magnifiques. Dans ce pays, ils croissent en buisson et forment de grandes taches
de couleur disséminés dans les champs. Après que l'on a dépassé
la ferme, le paysage devient beaucoup plus sauvage.
La formation géologique
des Matoppos est bien curieuse et, autant que je sache, assez rare. Partout se
dressent d'énormes blocs de pierre ronds et lisses, et échafaudés
les uns sur les autres d'une telle façon qu'on craint de les voir s'écrouler
au moindre souffle d'air. Mais ils sont restés ainsi en équilibre
pendant des siècles. Quelle force souterraine les hissa dans cette position?
Il est difficile de le concevoir. Quelques unes de ces formations géologiques
revêtent des formes très curieuses : ainsi, tout près de la
maison du directeur, vous croiriez voir l'effigie de Rhodes assis dans sa chaise,
du moins à ce que prétendent les gens du pays : c'est le profil
d'un de ces blocs qui prête à ce rapprochement. La végétation
consiste surtout en euphorbias et en arbres épineux, espèce de mimosa
très répandue dans tout ce pays. Mais, comme je l'ai déjà
dit, nous sommes maintenant en hiver et il y a très peu de fleurs.
Après
que nous avons marché environ une heure et demie, le chemin s'arrête
au pied d'une grande colline nue; nous descendons de l'auto, et faisons l'ascension
à pied. Et maintenant, nous comprenons que depuis que nous avons quitté
Bulawayo nous nous sommes élevés graduellement, car partout autour
de nous, il y a collines sur collines. En une minute, nous arrivons au Sommet.
Ici, solitude absolue.
Tout autour de nous, à perte de vue, des collines
parallèles s'échelonnent, pressées les unes derrière
les autres, comme les grandes houles d'un Océan frappé tout à
coup d'immobilité. Près de nous, pas l'ombre d'une habitation, pas
trace de la main de l'homme. Seul, un énorme quartier de roc, qu'on dirait
dressé au sommet de la colline par la main d'un géant, nous tient
compagnie. Et ce roc est un tombeau, le tombeau du ".Napoléon du Cap
", de celui à qui revient de droit le titre de créateur de
l'Afrique australe britannique.
Mais personne, mieux que Cecil Rhodes lui-même,
n'a peint la majesté de cette solitude, où il a voulu qu'on l'ensevelit.
Voici quelles ont été ses dernières volontés, telles
qu'on peut les lire dans son testament :
" J'admire la grandeur
et la solitude des Matoppos en Rhodésie, et pour cela je désire
y être enterré, sur la colline où je m'asseyais autrefois
et que j'appelais " La vue du monde ". Un carré coupé
dans le rocher couvert d'une simple plaque en cuivre jaune avec ces mots: ici
repose la dépouille mortelle de Cecil John Rhodes "
Il est mort
dans son petit cottage de Muizenberg au bord de la mer, tout prés de Capetown,
où il s'était retiré pour avoir plus de tranquillité.
Ses derniers mots furent : Si peu de fait et tant à faire ! " Mais
sa politique a été continuée par des mains habiles et il
serait peut-être satisfait, s'il pouvait voir comment la plupart de ses
projets ont été réalisés. Il a toujours compté
un grand nombre de Boers parmi ses amis, et quand le cortège funéraire
s'avança vers les Matoppos pour l'accompagner à sa dernière
demeure, le convoi funèbre s'étendait sur une distance énorme.
Beaucoup de personnes, que les événements des années précédentes
lui avaient aliénées, s'étaient réunies pour lui rendre
les derniers honneurs.
Il avait toujours eu une influence spéciale sur
les noirs et savait se faire aimer d'eux. On en vit un très grand nombre
qui accompagnèrent aussi la dépouille mortelle de leur " grand
maître ". Quiconque vient ici et regarde ce beau pays, qui se déroule
tout autour de ce tombeau solitaire, ne peut manquer d'admirer les grandes idées
de cet homme, qui a donné son nom à cette partie de l'Empire britannique.
Avant
de quitter ce lieu, jetons aussi un regard sur un monument voisin du tombeau de
Cecil Rhodes.
Ce monument, érigé au major Alan Wilson et à
ses trente-quatre compagnons, se trouve sur la pente de la colline. Ces hommes
furent massacrés ensemble, à Shangani, en 1893, dans la guerre contre
les Mutables.
D'abord, on les avait enterrés prés du lieu où
ils étaient tombés, mais Rhodes leur fit faire ce monument et les
transporta ici.
Le moment de nous retirer est venu et nous rentrons par le
même chemin à Bulawayo. Nous nous arrêterons peut-être
pour prendre du thé à l'hôtel très avenant construit
tout prés d'un réservoir dont l'eau fertilise tous les champs environnants.
Au bout de ces cinq ou six heures, où vous aurez éprouvé
des impressions que vous garderez pour la vie, vous remontez dans le train pour
terminer le petit trajet qui reste à faire avant d'arriver au Zambèze.
Le paysage a changé complètement d'aspect. Partout, se dressent
des arbres géants, qui forment toute une forêt, et par-ci par-là
d'énormes baobabs érigent leurs multiples troncs lisses. C'est le
pays des lions, des girafes, de plusieurs espèces d'antilopes; mais les
animaux sauvages ne daignent pas venir examiner notre train et nous n'en voyons
pas l'ombre. Pourtant, à une certaine station, le conducteur nous montre
le squelette d'un éléphant qui, l'année dernière avait
commis l'imprudence de s'endormir sur les rails et de causer au train douze à
treize heures de retard.
Encore
une nuit à passer en wagon et le lendemain, vers 7h42, nous arrivons à
la petite station des victoria Falls. Il y a ici simplement un hôtel, quelques
huttes qui abritent l'atelier d'un photographe et le bureau de poste, un petit
groupe de cabanes d'indigènes ; et c'est tout. L'hôtel est confortable
: il posséda même pendant un certain temps un ex-chef de l'hôtel
Ritz, à Paris. Il est composé de trois constructions qui n'ont que
le rez-de-chaussée. Une d'entre elles est réservée aux appartements
ayant salle de bains et salons privés. Mais on va en reconstruire un nouveau
prochainement qui sera mieux adapté au climat, c'est-à-dire à
la grande chaleur du jour et au froid excessif des nuits d'hiver.
![]() Carte de L'afrique du sud | Je
crois que tout voyageur est si content de sortir du train poussiéreux que
sa première pensée sera pour un bain. Alors, bien rafraîchi,
il sera en état de jouir de toute la grandiose nature au milieu de laquelle
il se trouve.C'est du train que nous avons d'abord vu, pour un instant, le Zambèse
et ses chutes, pendant que nous filions à travers la forêt, avant
d'arriver à la petite gare. Comme cet aspect diffère de la première
impression que David Livingstone a du éprouver quand il a passé
par ici avec son escorte de 120 indigènes ! |
Parmi
tout le confort dont nous sommes entourés pendant notre voyage, nous oublions
facilement les difficultés qu'il fallait surmonter, même il y a peu
d'années, pour circuler dans ces pays reculés.
Quand Livingstone
les parcourait a pied, il devait se procurer par la chasse sa propre nourriture
et celle de son escorte et, quand certain jour le gibier lui manqua il fut très
heureux de trouver des taupes et des souris à manger !
Maintenant, pour
continuer notre visite aux Victoria Falls, tout ce qui nous reste à faire
est une petite promenade de quinze minutes et nous nous trouvons devant les chutes
du Zambèze. La première vue que nous en aurons sera, du pont qui
fut terminé i1 y environ sept ans et par où le chemin de fer franchit
le fleuve pour atteindre au Katanga, dans le Congo belge, et plus loin se lancer
dans la direction du Nil; car ce tronçon, est une, des étapes, ne
l'oublions pas, du chemin de fer du Cap au Caire.
Mais il y a tant de points
de vue des chutes et du fleuve qu'on trouvera de quoi remplir les quatre jours
et demi entre l'arrivée et le départ du train. Beaucoup de personnes
voudraient même rester ici plus longtemps et je ne connais pas de manière
plus agréable de passer quinze jours. Il
y a des excursions à faire dans diverses forêts pleines de palmiers
et d'autres arbres tropicaux. Les singes gambadent et vous regardent avec leurs
petits yeux malicieux, en vous jetant des noix. C'est délicieux d'aller
sur le Zambèze en canot " pagayé " par quatre indigènes.
En rentrant au coucher du soleil, vous verrez des crocodiles, qui respirent l'air
frais après la chaleur du jour, étendus sur des pierres. Mais il
faut se méfier des hippopotames à cette heure-là: eux aussi
aiment à venir prendre l'air et ils ont parfois la velléité
de faire chavirer les canots. Les indigènes vous feront aborder dans l'île
de Livingstone, où se trouve encore l'arbre du grand explorateur, et qui
est un des meilleurs points pour voir l'arc-en-ciel sur tes chutes. Mais on est
peut-être encore plus impressionné en se promenant par un beau clair
de lune dans la forêt mouillée par l'embrun.
On se sent si seul
avec la nature qu'on voudrait toujours y rester et ne pas retourner vers le brouhaha
et tous les mensonges de la civilisation. La lune jouant sur les chutes et y dessinant
son grand halo vous permet de pénétrer dans les mystères
de la vie. Voilà enfin un endroit où la main de l'homme n'a pu encore
rien détruire ni rien souiller! Espérons qu'il en sera toujours
ainsi.
Il nous reste à faire une visite, celle de la petite ville de
Livingstone, capitale de cette partie de la Rhodésie; ville des plus propres
et des mieux entretenues, et très avenante avec ses jolies maisons ornées
de quantités de fleurs, parmi lesquelles resplendissent les poinsettias
et les bougainvillées. Elle se trouve à environ six kilomètres
des chutes et on y va en partie par bateau et en partie sur des trollies. Ces
trollies sont de petites charettes sur rails, conduites par des indigènes.
Les
immenses Baobab érigent leur multitude de tronc lisses
Une
fois arrivés dans cet endroit, beaucoup de voyageurs seront désireux
de pousser plus loin vers le centre de l'Afrique ; mais, pour nous, ce n'était
pas possible et, après avoir pleinement joui de la nature tropicale dans
toute sa beauté, nous avons dû tourner nos pas vers le Sud et la
vie mouvementée des villes.
Je m'en voudrais de ne pas dire, en terminant,
quelle agréable impression m'a laissée la Rhodésie. C'est
un très beau pays agricole avec un climat délicieux. Déjà,
beaucoup de personnes s'y sont installées et s'en félicitent. Maintenant
que le " dry-farming " fait de si grands progrès, l'agriculture
de l'Afrique du Sud en tirera les plus grands bénéfices. Ce qu'il
faudrait avant tout à la Rhodésia,, ce sont de jeunes femmes et
des jeunes gens qui y feraient leur " home " et qui adopteraient ce
pays comme patrie. Les Français ont de belles colonies tout près
de chez eux, l'Algérie et la, Tunisie, où ils trouvent un climat
ensoleillé et qui les captive. Mais quelques-uns parmi eux, plus tentés
par l'esprit d'aventures, plus désireux d'éloignement estiment peut-être
que l'Afrique du Nord est trop proche. Qu'ils songent alors que l'Afrique du Sud
s'offre à eux et leur réserve des satisfactions très grandes.
Après
avoir admiré la merveille des Victoria-Falls, nous voulions voir le centre
industriel de l'Afrique du Sud : Johannesburg. Nous ne pouvions pas nous servir
du chemin de fer puisqu'il vient à peine d'être ouvert â la
circulation entre Mafeking et Johannesburg, aussi, une automobile nous attendait-elle
à Lobatse, petite localité située un peu au nord de Mafeking.
Quelques maisonnettes, la gare, une espèce d'auberge et des abris pour
le bétail qu'on voit groupé autour des grands mimosas, et c'est
tout.
Il n'y avait rien pour nous encourager à nous y attarder, et nous
repartons donc au plus vite.
Il nous restait encore 175 milles à faire
avant d'arriver , Johannesburg.
Les soi-disant routes de là-bas sont
souvent bien mauvaises; il faut pouvoir compter sur ne voiture adaptée
aux conditions spéciales du climat et du pays et sur un chauffeur expert.
La
matinée était magnifique et plutôt fraîche; le ciel,
d'un bleu profond et sans nuages. L'atmosphère africaine a quelque chose
qui vous grise ; est-cela lumière, ou la couleur, ou l'air? En tout cas
ceux qui s'en sont imprégnés ne peuvent pas l'oublier. Ce jour-là,
nous vîmes beaucoup d'oiseaux étranges et très beaux ; quelques-uns
des couleurs les plus vives. Je ne saurais en dire les noms, excepté pour
quelques espèces, comme le " secrétaire ", qui est de
la taille d'une grande cigogne, mais tout gris, avec une tache rouge à
la tête; puis, c'est, " l'oiseau de veuve ", tout noir avec une
queue presque deux fois longue comme son corps et d'un orangé très
vif.
Nous traversons plusieurs petits villages boers, tous semblables, avec
une rue principale, des maisonnettes de chaque côté et quelques grands
arbres. Dans ces villages, le souvenir de la terre natale hollandaise est très
vif. Les habitants parlent presque tous le taal, sorte de patois hollandais. Mais
naturellement ils comprennent aussi l'anglais.
Nous avons traversé plusieurs
" kaffir-kraals ". Ce sont des villages d'indigènes, composés
de maisons rondes, construites en argile, couvertes en chaume, et quelquefois
entourés d'un " stockade ", ou enceinte palissadée.
Maintenant
encore, cette partie du Transvaal est très peu habitée ; elle offre
un contraste absolu avec nos villes surpeuplées et même nos campagnes,
où le sol labouré depuis des siècles est fatigué de
produire.
Ici, toute cette terre est vierge et réchauffée par
un soleil splendide. La seule difficulté consiste dans le manque d'eau
en quelques endroits. Mais, grâce à l'irrigation, on peut éviter
ou diminuer cet inconvénient.
Dans tous les pays neufs, il faut s'aider
soi-même et savoir mettre la main à la pâte, ne pas craindre
la solitude et le manque de luxe, de divertissements, enfin tous les inconvénients
d'un pays où, à part les villes, la civilisation européenne
n'a pas encore eu le temps de s'établir. Mais on trouve bien des compensations
à cette vie...
Cette journée passée en auto, au milieu
de l'air merveilleux du Transvaal, fut pour moi riche en nouvelles impressions.
Dans le " bush-veldt ", les arbres sont petits; on trouve surtout une
sorte de mimosa avec de grandes épines, et de jolies fleurs jaunes en été.
Comme nous montons vers " le high veldt ", les arbres diminuent et la
seule végétation pour ainsi dire est l'herbe parsemée de
petites fleurs blanches et jaunes, qui s'ouvrent après la pluie. Vers le
soir, nous apercevons les approches d'une grande agglomération. Nous traversons
d'abord Krügersdorp, ville où commencent les mines, et, après
trois quarts d'heure de marche environ sur une route aussi bonne que celles de
l’Europe, et qui dessert les mines, sur une longueur de soixante milles, nous
entrons a Johannesburg.
Au milieu du XIXe siècle, la découverte
de l'or attirait les populations vers l'Amérique du Nord et l'Australie
; de même, à la fin du XIXe siècle, l'Afrique du
Sud exerça une attraction irrésistible. Au point de vue industriel,
l'Afrique du Sud a été constituée par ses mines. D'abord,
les diamants, puis l'or ont coopéré pour faire de l'Afrique du Sud,
pauvre pays pastoral inconnu, une puissance industrielle égale à
celles du Canada et de l'Australie. On sait maintenant que, déjà
au temps des Phéniciens, les mines d'or étaient exploitées
; non pas celles du Transvaal, mais celles de la Rhodesia, entre le Zambèze
et le Limpopo.
Les traces de ces exploitations existent encore et on y travaille
maintenant de nouveau avec beaucoup de succès. Les monuments d'Égypte
de l'an 1700 avant J. C. parlent déjà de l'or d'Afrique. C'est en
vérité un pays d'immenses richesses naturelles, dont jusqu'ici la
surface a été à peine effleurée. A partir de 1854
on savait déjà qu'il y avait de l'or au Transvaal; mais les " Boers
" qui, jaloux de leur indépendance, avaient émigrés
du Cap et, en 1552, été reconnus maîtres du Transvaal par
le traité de " Sand-River ", ne voulurent pas ouvrir leur pays
aux prospecteurs avant 1872. A cette date, le " Volksraad " (parlement
boer) vota la première loi réglementant le droit d'exploiter les
minerais. le Gouvernement s'est toujours réservé un certain droit
sur les profits des mines; il est maintenant de 10 pour 140. Mais, si les mines
de diamants de Kimberley furent vite découvertes, celles d'or du Witwatersrand
ne le furent qu'après de longues et patientes recherches. (Ce n'est qu'en
1884 que deux Anglais, les frères Struben découvrirent les vastes
terrains aurifères. D'abord, ils durent subir nombre de déceptions;
mais enfin les résultats furent tellement satisfaisants que le Gouvernement
boer proclama ouvertes au public, à partir de 1885, les mines d'or du Witwatersrand.
C'est
de cette époque que date Johannesburg. Située à près
de 2000 mètres d'altitude, sur une crête qui va de l'ouest à
l'est, ravagée par les vents, sans arbres, enfin au milieu du " high-veldt
", ce n'était certes pas un site idéal pour la fondation d'une
ville. D'abord, tout ce dont les mineurs avaient besoin pour leur travail et pour
leur existence dut y être péniblement transporté par des chariots
à bœufs faisant environ deux kilomètres par heure. Il n'y avait
alors de chemin de fer ni au Transvaal ni dans l'État d'Orange, et très
peu de routes, même dans la Colonie du Cap. Malgré tout, à
la fin de la première année, la population de Johannesburg était
déjà de 3000 habitants, et le premier rapport annuel sur les mines
d'or du Rand évaluait la production à une valeur de 1 million et
demi. Six ans plus tard, les usines des mines s'étendaient sur une surface
de trente milles le long de la crête. Enfin, lors du recensement de mai
1911, la population de Johannesburg était de 237 220 âmes dont 120
411 Européens. (On considère comme Européens tous ceux qui
sont entièrement blancs)
(A
suivre.)
ETHEL MATHER BAGG
![]() Une rue des rues de Johanesburg (de l'African World) | ![]() Une rue de Prétoria (De l'African world) |
VOYAGE DANS L'AFRIQUE DU SUD
PAR Mlle ETHEL MATHER BAG
II
A
Johannesburg - Population - Un musée de peinture en formation -- Les mines
d'or du Witwatersrand - La question de la
main-d'oeuvre - Pretoria -Le Gouvernement
de l'Union - Les indigènes dans les mines de diamants - Le retour par Lourenço
Marques.
La
ville de Johannesburg ressemble un peu à une des villes de l'Ouest des
États-Unis : elle a de grandes rues avec des magasins offrant toutes les
dernières nouveautés de Paris et de Londres, un bon service de trams
électriques rayonnant dans la banlieue, des maisons qui peuvent rivaliser
pour la hauteur avec celles de n'importe quelle cité.
Par-ci,
par-là, cependant, on voit encore les restes d’un champ minier, de petites
maisons basses avec les toits en tôle ondulée; mais ces vestiges
vont disparaissant peu à peu.
Le " quartier de l'Étoile
" de Johannesburg est ParkaTown, situé à environ dix minutes
en auto du centre de 1a ville. I1 offre de jolis habitations, presque toutes entourées
d'un jardin. M. Herbert Baker, qui fut l'architecte de la maison de Cecil Rhodes
à Capetown (et qui est un des deux architectes choisis par le Gouvernement
anglais pour construire les bâtiments gouvernementaux dans la nouvelle capitale
de l'Inde, Delhi), a élevé beaucoup de ces villas, et les grandes
comme les petites ont leur caractère à elles, très attrayant.
Une grande partie de ParkTown étant située sur une crête,
on a de la une vue splendide sur environ soixante milles d'étendue, jusqu'à
la chaîne des montagnes de Magaliesberg, en ayant à ses pieds "Eckstein
Park"
Au printemps, les fermiers ont coutume de brûler la vieille
herbe du veldt pour faciliter la croissance de la nouvelle. Le soir, on voit ces
feux s'étendre à l'infini et l'effet de ces traînées
lumineuses ajoute au mystère des nuits d'Afrique. Et elles sont merveilleuses
avec leur lune énorme et les étoiles brillant à travers une
atmosphère d'une pureté et d'une sécheresse inconnues en
Europe, dans un ciel presque toujours sans nuages.
La
population de Johannesburg conserve encore le caractère mélangé
d'une cité où se sont réunis des hommes venus de toutes les
parties du monde. Les gens d'affaires sont pour la majorité Anglais ;
on trouve certains nombre d ' Allemands et très peu de Français.
Parmi les petits commerçants, beaucoup de Juifs Polonais, de Grecs, d'Indiens,
de Chinois, et toutes sortes de métis. Il est curieux de noter qu'à
la déclaration de la guerre balkanique, les Grecs, en très peu de
jours, ont réuni environ une somme de 15 000 francs et que plus de cent
d'entre eux sont partis pour aller défendre leur pays.
Un des reproches
qu'on a faits aux habitants de Johannesburg, c'est qu'ils voulaient s'enrichir
du produit des mines, puis, oubliant le pays qui leur a donné tant de richesses,
aller s'établir en Europe, surtout à Londres. Mais ceci ne peut
s'appliquer qu'à un tout petit nombre d'Individus. Il y en a qui, pour
une raison ou pour une autre, ont dus quitter le pays, mais qui lui ont témoigné
leur reconnaissance d'une façon très tangible. Parmi eux, les multi-millionnaires
MM. Rhodes, Belt, Wernher ont laissé de fortes sommes pour les oeuvres
d'assistance publique et d'éducation; au mois de novembre dernier M. Max
Michaelis a acheté une superbe collection de tableaux hollandais, appartenant
à Sir Hugh Lane, pour la donner à l'Afrique du Sud comme noyau d'une
galerie de tableaux anciens. (On dit qu'il a donné une somme de 120 000
livres sterling dans ce but). Parmi ces toiles il y a un Rembrandt, un Franz Hais
et beaucoup d'autres oeuvres de premier ordre. C'est probablement Capetown qui
aura le privilège de loger ces chefs d'oeuvre. Johannesburg, grâce
à quelques citoyens dévoués à l'intérêt
public, possède de son côté une galerie d'art moderne qui,
bien que peu considérable par le nombre des toiles, est regardée
comme très intéressante et bien choisie. Il s'y trouve plusieurs
productions d'artistes français, entre autres, de Rodin, un buste de femme,
digne des meilleurs morceaux de ce maître.
Quelques-uns des hommes d'affaires,
qui ont voulu établir leur " home " à Johannesburg, ont
acheté de très belles propriétés et y ont construit
des maisons agréables et confortables, Ainsi Sir George Farrar possède
à environ dix kilomètres de la ville une grande ferme "Bedford
Farm " dont une partie appartenait autrefois à un Boer et dont les
vieilles constructions existent encore, Sir George s'en occupe, en dehors de ses
affaires : il se consacre surtout à l'élevage du bétail de
race pure. L'architecture de sa maison est un des meilleurs spécimens du
vieux style hollandais adapté aux besoins actuels.
Nous allons étudier
maintenant les mines d'or du Witwatersrand, dont l'importance dans la vie économique
des grandes nations ne saurait être mieux évaluée que par
ce détail; la valeur de leur production dépasse le tiers de la rente
annuelle du mondé entier. On extrait de l'or au Transvaal en dehors du
Witvatersrand, mais comme ces dernières mines fournissent le 95 pour 100
de la production totale du pays, nous nous occuperons exclusivement de cette région.
Nous avons déjà vu comment ces terrains aurifères furent
découverts et mis en exploitation par les entreprises privées sous
l'administration du Gouvernement boer en 1886. Mais le plein développement
de l'extraction ne date vraiment que de 1902, année où le Transvaal
et l'état d'Orange devinrent anglais. Avant cette époque, l'industrie
devait supporter toutes sortes de restrictions embarrassantes de la part du Gouvernement
boer.
Les géologues n'ont pas encore déterminé à
quelle période l'or se déposa dans les cailloux de quartz usés
par les vagues, cimentés ensemble par leur propre poussière, et
placés entre des couches de pierre à sablon. Mais on s'accorde généralement
à penser que les éléments originaux de ces couches de conglomérats
furent graduellement rongés par les vagues d'une ruer intérieure,
dont les rivages étaient constitués par des collines de pierre à
sablon avec des veines de quartzite; les matériaux ainsi corrodés
furent déposés en couches au fond de la mer. Au cours de longues
périodes géologiques, des fragments de quartz et des grains de sable
formant une masse large de plusieurs kilomètres furent encore soudés
dans des bandes de pierres horizontales; une grande convulsion souleva le fond
de cette mer primitive et forma les courants de rocher fondu à travers
les fondations du continent en granit, et, s'exerçant avec une pression
inégale, souleva à la surface la lisière septentrionale de
ces bandes de congloméré et de pierre à sablon entre-stratifiées.
Après une autre période d'une durée qu'il est impossible
d'évaluer, la surface de la terre prit l'aspect que les premiers prospecteurs
lui découvrirent. Il est également impossible de fixer l'époque
à laquelle l'or entra dans ces fonds conglomérés.
Est-ce
quand ceux-ci et les pierres à sablon furent déposés au fond
de la mer ou quand les courants de matière fondue y pénétrèrent,
au temps des grandes convulsions? Mais ce qui est certain, c'est l'étendue
et la stabilité de ces dépôts.
Les bords relevés
du bassin du Rand peuvent être délimités exactement et, bien
que les bandes de conglomérés et de pierres à sablon aient
été interrompues par l'irruption de roches ignées, elles
plongent au sud avec une certaine régularité de courbure. Des sondages
faits dans les fonds conglomérés ont suivi l'inclinaison jusqu'à
une profondeur de 1200 mètres, et prouvé que les dépôts
d'or sont constants jusqu'à ce point. Donc, les opérations minières
se font non seulement sur une étendue d'environ 60 milles, où l'or
se montre à la surface, mais à cette grande profondeur. Comme en
raison de l'altitude du Rand la température s'élève peu lors
qu'on gagne en profondeur, il est possible de creuser des puits de mines à
une profondeur bien plus grande qu'ailleurs. C'est cette constance générale
et cette vaste étendue qui font du Rand le plus grand producteur d'or du
monde.
On a calculé que pour chaque particule d'or il y a de 50000 à
90 000 particules de matières sans valeur, ce qui donne par tonne de minerai
un revenu très faible en comparaison des autres mines d'or du monde.
Pour
conduire les opérations minières avec profit, il faut extraire tout
l'or contenu dans ce minerai, et dans ce but les procédés mécaniques
et chimiques les plus perfectionnés sont employés. Les ingénieurs
miniers les plus habiles, dont beaucoup sont venus des Etats-Unis, ont été
appelés aux mines du Rand ; c'est grâce à eux, en grande partie,
que cette industrie est maintenant établie sur une base solide.
La
région des mines du Transvaal: vue générale des mines d'Angelo
Après
que le minerai a été extrait du fond et amené à la
surface, selon les procédés ordinaires employés dans le travail
des mines souterraines, il est écrasé par des bocards de divers
genres et réduit en poudre fine. Celle-ci est mélangée avec
de l'eau et distribuée sur des lames de cuivre couvertes de mercure. Toutes
les particules d'or libre sont retenues sur ces laines, et le précieux
métal ainsi, obtenu forme environ 60 à 70 pour % de l'or contenu
dans le minerai. II reste donc 30 à 50 pour 100 d'or dans ce dernier. Celui-ci
est repris et écrasé encore plus finement dans des machines récemment
imaginées. La poudre très fine qui en résulte, est saturée
de cyanure de potassium ou de sodium. Le cyanogène, qui a une affinité
spéciale pour l'or, se combine avec lui sous forme de cyanure d'or et laisse
libre le potassium ou le sodium. Cette solution aurifère est ensuite déposée
dans des boites où se trouve du zinc. Le cyanogène, ayant une affinité
encore plus grande pour le zinc, abandonne l'or, qui tombe en poudre fine au fond
de ces boites. Après cette dernière opération, l'or est enfin
recueilli et fondu en lingots. Grâce à l'emploi de ces procédés
perfectionnés, on arrive à retirer jusqu'à 96 pour 100 de
l'or déposé par la nature dans le rocher.
Aucun géologue
autorisé n'a pu encore prévoir une limite quelconque à la
production. On lira avec intérêt ce que dit Sir Lionel Phillips,
un des hommes les plus qualifiés pour donner leur avis sur ces questions
minières. Dans un article du Times du 5 novembre 1910, sur les chances
de dune de cette industrie, il écrit : " Aujourd'hui, personne n'a
à craindre ou la disparition de ces dépôts, ou leur épuisement
sérieux dans les limites d'exploitation pratique des mines. La question
économique future se résoudra par l'ample développement de
l'outillage des mines pour leur exploitation à une grande profondeur. On
lira avec intérêt ce que dit Sir Lionel Phillips, un des hommes les
plus qualifiés pour donner leur avis sur ces questions minières.
Dans un article du Times du 5 novembre 1910, sur les chances de durée de
cette industrie, il écrit : " Aujourd'hui, personne n'a à craindre
ou la disparition de ces dépôts, ou leur épuisement sérieux
dans les limites d'exploitation pratique des mines. La question économique
future se résoudra par 1'ample développement de l'outillage des
mines pour leur exploitation à une grande profondeur. Une ressource suffisante
en grosse main-d’œuvre indigène est un autre facteur essentiel... Pourvu
que le Gouvernement ait une politique d'activité et de progrès,
un avenir brillant est assuré à l'Afrique du Sud.
Il était
de mode autrefois, spécialement dans les cercles mal disposés en
faveur de l'industrie aurifère, de prédire que sans quelques années
il y aurait seulement des trous dans le veldt pour indiquer où elle florissait
jadis. Mais cette manière de voir n'est plus soutenue par aucun de ceux
qui connaissent les vraies conditions du Rand. Les 60 milles de longueur des dépôts
sédimentaires qu'on exploite maintenant ne seront pas épuisés
au cours de ce siècle. Il faut ajouter que pour le moment notre connaissance
est limitée au rivage du nord de cette mer des temps passés. Nous
avons connaissance de courbures au sud, à Modderfontein à l'est,
et à Randfontein à l'ouest, et nous connaissons un petit morceau
de la serie du " main reef " à Heidelberg, à 85 milles
au sud, où la formation s'infléchit vers le nord, et d'où
nous pouvons déduire que nous sommes arrivés au rivage opposé;
mais, par tout ce que nous savons, on pourra encore découvrir des surfaces
de la mer dans d'autres parties du Transvaal, surtout vers Potchefstroom et Klerksdorp,
qui serviront à développer la production de l'industrie aurifère
dans ce pays. En résumé, au point de vue pratique, on peut regarder
l'industrie des mines d'or comme permanente. "
Une des questions les plus
importantes, sinon la plus importante, a toujours été la main-d'
oeuvre.
L'Afrique du Sud différé de l'Australie, du Canada et
de la Nouvelle-Zélande, par la présence d'une population indigène
beaucoup plus dense que la population européenne. Tandis que, pour ces
autres pays, la source de la grosse main-d’œuvre est, en général,
l'Europe, l'Afrique du Sud a toujours dépendu des gens de couleur pour
tout travail manuel. Et, bien qu'ils s'y trouvent en très grand nombre,
ils n'ont jamais suffi pour les différentes industries, voici des chiffres
sur la demande et les réserves en main-d’œuvre extraits du rapport de la
commission des affaires indigènes, qui, bien que datant de 1904, donnent
encore une idée de la situation d'aujourd'hui. D'après les calculs
faits, il existe une demande estimée constante de 782 000 ouvriers, et
une réserve estimée constante de 474 472 (dans les territoires de
l'Afrique du Sud sous le Gouvernement Impérial), ce qui fait ressortir
une différence de 307 528 entre le chiffre de la main-d’œuvre désirée
et le chiffre actuel. Pour satisfaire à cette demande, la main-d'œuvre
indigène doit être suppléée par l'emploi d'indigènes
provenant soit d'autres parties de l'Afrique, soit de l'Inde ou de la Chine.
Au
commencement de la fondation de la Colonie du Cap, on avait établi le principe
que tout travail manuel devait être fait par des indigènes; mais,
même dés cette époque, la réserve de grosse main-d’œuvre
ne suffisant pas pour les fermes, les vignes et le service des Européens,
on eut recours aux Indiens et à des esclaves du centre de l'Afrique.
Plus
tard, les colons du Natal engagèrent des " coolies " de l'Inde
pour travailler dans leurs plantations de thé et de sucre. Les milles de
diamants de Kimberley recrutèrent plus facilement leurs travailleurs à
cause des profits exceptionnels de l'exploitation : ceux-ci recevaient en effet
des gages montant quelquefois à une somme dix fois plus élevée
que celle payée par les fermiers. Mais, dans les mines d'or, les conditions
d'exploitation nécessitèrent une stricte économie dans le
prix de la production,. et pour cela une nouvelle méthode de réserve
de travailleurs fut installée. Les demandes de cette industrie croissante
augmentèrent toujours et, pour y suppléer, un système de
recrutement fut inauguré. Des agents circulèrent à travers
les territoires portugais et les Etats Sud Africains, visitèrent les kraals
et, en s'adressant aux chefs et aux indigènes, les déterminèrent
à venir travailler au Rand.
Maintenant, ce recrutement est organisé
par deux sociétés qui travaillent amicalement l'une à côté
de l'autre, et ont presque mis fin à la concurrence désastreuse
qui faisait monter le prix de la main-d’œuvre.
Une particularité de
l'emploi de cette main-d’œuvre, c'est qu'on ne peut pas compter sur elle pour
plus de six à douze mois consécutifs (Ceci s'applique aussi aux
domestiques, et comme tous les Européens établis dans l'Afrique
du Sud emploient à ce titre des gens de couleur, ils sont obligés
de se régler sur les mœurs des indigènes). Après ce laps
de temps, ayant amassé un petit pécule, les naturels retournent
dans leur famille, achètent du bétail pour le donner à quelque
père de famille en échange d'une de ses filles, et restent paisiblement
chez eux avec très peu de besoins. Une fois leur argent épuisé,
ou fatigués de la tranquillité de la campagne, ils retourneront
à la ville pour une nouvelle période de service.
Après
la guerre de 1902, la main-d’œuvre fit défaut partout dans l'Afrique du
Sud. D'abord, les indigènes employés par les autorités militaires
avaient fait tant de profits pendant la guerre qu'ils ne se souciaient plus de
travailler dans les mines. Puis, après la conclusion de la paix, il y avait
eu maints travaux à faire partout: pertes matérielles à réparer,
nouveaux chemins de fer et travaux publics à entreprendre.
L'industrie
minière du Transvaal chercha d'abord dans toute l'Afrique, puis dans l'Inde,
d'où elle essaya de faire venir des " coolies " ; mais, n'ayant
pas réussi de ce côté, elle en arriva à penser que
le meilleur remède serait d'attirer des Chinois. On en fit donc venir environ
54 004, et cette expérience fut tout à fait satisfaisante. Il est
hors de doute que c'est l'arrivée des Chinois qui sauva l'industrie de
l'Afrique méridionale d'une crise économique désastreuse.
En 1907, le Gouvernement du Transvaal, sous la pression du Gouvernement Impérial,
décida de rapatrier graduellement les Chinois, et, lors de l’union des
quatre Etats en mai 1910, il n'y en avait plus dans les mines. Dans la même
année, le gouvernement Indien décida de ne plus permettre à
ses administrés d'aller travailler dans les plantations du Natal. L’union
du Sud africain dépend donc à l'heure actuelle, pour sa main-d’œuvre,
uniquement de sa population mixte, si
L’on en excepte la population Malaye
de la province du Cap, les Indiens domiciliés au Natal et au Transvaal
et quelques ouvriers asiatiques. Après le départ des Chinois, les
indigènes vinrent en plus grand nombre aux mines; ils avaient, en effet,
eu une longue période de repos, et les travaux entrepris après la
guerre étaient terminés. Maintenant, 200000 indigènes environ
sont employés dans les mines d'or du Rand; mais ce nombre ne suffit pas
pour l'extension des nouvelles entreprises minières en projet. La question
de savoir comment obtenir la main-d’œuvre nécessaire est donc plus pressante
que jamais. On a, il est vrai, paré dans une certaine mesure à cette
difficulté par l'emploi de machines. On a essayé en outre, mais
sans succès, de mélanger les ouvriers blancs et noirs. I1 faut savoir
qu'un homme blanc, dans ce
pays, ne fera pas le travail d'un nègre;
d'ailleurs, s'il le faisait, il en résulterait toute une dislocation sociale.
Puis, l'ouvrier européen, dans l'industrie aurifère du Rand, est
un des ouvriers les mieux payés du monde. Il reçoit en moyenne 1
livre sterling par jour, et le salaire de beaucoup d'entre eux s'élève
jusqu'à 1 livre et demie, pendant qu’un nègre touche environ 30
livres sterling par an. L'exploitation des mines serait donc impossible dans ces
conditions.
Pour vivre avec quelque confort, un Européen avec sa famille
doit gagner un salaire d'au moins 300 livres sterling par an. Quelques compagnies
ont organisé un système pour faciliter aux ouvriers, pour un prix
minimum, l'achat de leur propre maison avec un peu de terrain autour. Mais dans
tous les cas, ils sont très confortablement logés. Presque toutes
les mines ont leur terrain de sports, une salie de fêtes, un hôpital
et une église. Les indigènes aussi sont bien logés et nourris.
Ils ont leurs magasins dans les " compounds ", où ils peuvent
acheter les choses de première utilité et les articles de luxe qui
les attirent par leur aspect brillant.
Quittons les mines d'or pour aller passer
une journée à Prétoria, et pour visiter la plus grande mine
de diamants du monde, la " Premier mine ", située à environ
30 milles de la ville.
Nous sommes allés de Johannesburg à Prétoria,
en auto; comme le chemin est très bon et peut être parcouru en une
bonne heure, il est plus intéressant de le faire par la route que par le
chemin de fer. En sortant de Johannesburg, on voit un dernier vestige de la guerre,
un " block-house ". Tout de suite après, nous trouvons " Orange
Grove ", ainsi appelé à cause des quantités d'orangers
qu'on y cultive, et dont le parfum est délicieux. Entre Johannesburg et
Prétoria, plusieurs jolies fermes; dans l'une d'elles, on élève
des autruches. Tout près de Prétoria, " Roberts Heights ",
une des stations militaires de l'Union. Ce voisinage d'une caserne et d'une ville
ajoute naturellement beaucoup à l'animation de celle-ci.
La ville a
un caractère bien plus hollandais que Johannesburg. Elle a toujours été
le siège du Gouvernement du Transvaal, et elle est maintenant le siège
du Gouvernement exécutif de l'Union. Ce Gouvernement exécutif se
trouve entre les mains du représentant du Roi, le gouverneur général,
qui est en ce moment Lord Gladstone, fils de l'illustre homme d’état.
Voici
quelques détails sur l' Union. Au lendemain de la guerre, les quatre États
de l'Afrique du Sud étaient administrés comme une colonie de la
Couronne. c'est-à-dire qu'elles dépendaient du Ministère
des Colonies à Londres. En 1905 on décida d'octroyer un régime
parlementaire au Transvaal. Mais, peu après, lorsque le paru libéral
arriva au pouvoir, il s'empressa de doter les quatre colonies d'une autonomie
complète, avec un Parlement responsable et avec un gouverneur général
représentant le Roi, comme cela existe dans les grandes possessions anglaises.
Les sièges parlementaires furent répartis de telle façon
que le Transvaal, où la majorité des habitants sont Boers, fût
favorisé par le nombre. Il en résulta que la majorité fut
hollandaise. Les Boers out donc le gouvernement complètement dans leurs
mains. Ils ont parfois favorisé les leurs à l'excès et se
sont ainsi aliéné les populations anglo-saxonnes. Mais le général
Botha est un premier ministre habile qui s'efforce de maintenir l'union entre
les divers éléments de la, population.
Le Parlement de l'Union,
composé du Sénat et de " House of Assembly ", réside
à Capetown, et beaucoup pensent qu'il serait bien plus pratique d'unir
les deux pouvoirs, le législatif et l'exécutif dans un même
centre. Plusieurs financiers , de Johannesburg sont aussi membres du Parlement,
et la distance entre ces villes rend très difficile leur devoir civique.
Mais on doit compter avec les jalousies des villes rivales. Pourtant, il faut
espérer qu'une fois terminés les bâtiments du Gouvernement,
que l'on construit à Prétoria, on pourra tomber d'accord sur cette
question et que le sens pratique, qui caractérise les Anglo-Saxons, finira
par l'emporter sur l'esprit de clocher.
Les grands réservoir contenant le Cyanide pour le traitement des minerais
En
allant en auto à la " Premier Mine ", nous passons devant les
plus jolies résidences des habitants de Prétoria. Beaucoup d'arbres
et de fleurs et l'aspect est avenant et gai. Enfin, nous arrivons à la
mine : notre auto s'arrête devant une grille de fils de fer barbelés
qui clôt tout le terrain d'exploitation, ainsi que les alentours, occupés
par les quartiers des Cafres. Toutes les mines de diamants dans l'Afrique du Sud
sont ainsi entourées par ces fils de fer. A une certaine distancer de la
première enceinte, nous sommes encore arrêtés par une deuxième
grille, qui enferme toujours la mine ; là, il faut montrer la permission
de visiter qui nous a été donnée par le chef de la Compagnie
à Johannesburg. Ces précautions, naturellement, sont prises à
cause de la facilité de cueillir en cachette des pierres précieuses.
Les indigènes doivent passer tout le temps de leur service enfermés
à l'intérieur de cette grille ; mais, comme ils s'y trouvent dans
des conditions très confortables, avec toutes sortes de divertissements,
ce n'est pas une chose pénible pour eux. Tous ceux qui entrent au service
de la Compagnie connaissent d'ailleurs ces conditions et ne semblent pas les trouver
trop dures, puisqu'ils reviennent assidûment travailler aux mines.
Avant
de quitter l'enclos, ils sont isolés et enfermés pendant deux jours,
car une des façons de cacher les pierres est de les avaler. Ils ont d'ailleurs
plusieurs procédés pour dissimuler leurs larcins, par exemple en
introduisant les pierres dans leur nez, ou dans un trou pratiqué sous la
peau.
Le diamant est mêlé à des roches d'où il faut
l'extraire en creusant, et ces travaux ont constitué une énorme
excavation. Ici, quatre fois par jour, à 6 heures matin et soir, à
midi et à minuit, on fait sauter les roches au .moyen de la dynamite. On
nous conduit à une certaine hauteur, hors de la portée des pierres
lancées par l'explosion, et nous attendons. A un signal donné, tous
les ouvriers abandonnent précipitamment leur chantier, et ceux qui doivent
rester se mettent sous des abris. Puis, tout à coup, la terre commence
à sauter et toute l'étendue de l'excavation, si grande que les ouvriers
ne semblent plus que des fourmis, se remplit de fumée, de rochers et de
débris projetés en l'air, avec un bruit formidable, par la force
de l'explosion.
Les roches diamantifères extraites de la mine sont soumises
à l'action de différents bocards; puis, quand elles sont réduites
eu débris assez fins, elles sont projetées sur des lames couvertes
de gélatine.
Cette substance a la propriété de retenir
les diamants ; quant au reste, il est entraîné par l'eau que l'on
fait couler dessus. On nous montra une poignée de diamants : c'était
la récolte de la journée. Naturellement, la qualité des pierres
n'est pas toujours la même, une grande partie d'entre elles ne peuvent être
employées que dans l'industrie, pour servir, par exemple, à la taille
des diamants de prix.
Pour juger des conditions dans lesquelles vivent les
indigènes dans une mine de diamants, je ne puis mieux faire que de citer
les paroles de M. Basil Worsfold, dans son livre L'Union de l'Afrique du Sud.
" L'enclos de la mine de Kimberley, dit-il, est une petite mine à
part. Elle abrite 2 000 indigènes (a la " Premier Mine ",
il y en a environ 12000). On y trouve le magasin où les indigènes
achètent leur propre nourriture avec une monnaie spéciale, en cuivre,
dont la Compagnie les pourvoit a cette fin. Le magasin paraissait contenir tous
les objets qu'on trouverait dans le " magasin général "
d'un petit pays anglais. Excepté pour le mealy-pap (bouillie de farine
de mais), l'indigène luxueux, qui gagne facilement de 30 shillings à
2 livres sterling par semaine, peut se permettre de vivre sur le pied des classes
ouvrières en Europe. Il paye pourtant son tribut à la nourriture
européenne, c'est-à-dire qu'il apprend ce que c'est que le mal de
dents, qu'il ignorait quand il vivait comme ses ancêtres. Le cabinet du
dentiste, dans le dispensaire, est donc en évidence. L'hôpital, que
nous fit voir une garde-malade européenne en uniforme, contient une salle
d'opération et d'autres salles de pansements et de consultations aussi
bien aménagées que celles d'un établissement analogue en
Europe. De bons soins médicaux et la meilleure nourriture sont donnés
aux indigènes quand ils tombent malades. En réponse a ma demande,,
la garde-malade me dit que ses nègres étaient les meilleurs patients
du monde; ils n'étaient jamais de mauvaise humeur et faisaient ce qu'on
leur disait. Je suggérai que peut-être ils étaient moins sensibles
a la douleur que l'Européen, et elle fut de mon avis. On nous montra les
salles de clinique: des chambres, larges, propres, bien aérées et
heureusement peu remplies. Le plus grand nombre des patients est atteint de pneumonie;
la salle réservée aux blessés était assez garnie.
La garde-malade nous expliqua que les accidents étaient généralement
le résultat de la négligence des "boys" eux-mêmes,
ou peut-être, pour parler plus exactement, de leur manque d'intelligence
a éviter le danger. Comme en Angleterre, le dimanche pendant certaines
heures, il est permis aux malades de recevoir des visiteurs. Je remarquai plus
d'un "boy "
accroupi silencieusement par terre entre deux lits "
Ce sont des visiteurs ", nous dit la garde-malade. Ils restaient ainsi accroupis
sans parler pendant toute leur visite, ni les malades ni eux n'ayant apparemment
rien à se dire
Le type des logements des ouvriers des mines
"
Par contre, l'enclos de l'hôpital est, le dimanche, rempli d'une foule affairée
et bruyante, mais sans tumulte. Des groupes de boys sont dispersés dans
la grande cour. Quelques-uns babillent, n'ayant cette fois pas de difficulté
à trouver des sujets de conversation hors de la solennité de l'hôpital.
D'autres groupes sont occupés à faine de la cuisine sur des feux
de bois. Un "boy" est absorbé par le soin qu'il met à
tirer des sons d'un piano cafre, un curieux instrument tout plat et qui consiste
en une succession de barres en bois séparées par des vides. En frappant
ces barres avec un bâton, il arrive à produire en effet des sons,
sinon de la musique. Un autre groupe danse, c'est-à-dire que, debout dans
un cercle, ceux qui le forment chantent et remuent leurs pieds de haut en bas,
comme si il voulaient faire aller un moulin à roue, pendant que l'un d'eux
joue des airs étranges sur un concertino. Ce divertissement monotone dure,
nous dit-on, du samedi jusqu'au lundi matin; quand un " boy " fatigué,
tombe du cercle, un autre entre pour le remplacer. Il est curieux de voir que
ces "boys" sont physiquement des hommes mûrs; mais ils ne possèdent
qu'une intelligence si rudimentaire, qu'ils trouvent une source de plaisir perpétuel
dans un divertissement pareil. Toutefois, ils sont aussi capables de devenir des
domestiques et des ouvriers vraiment utiles" .
En
quittant l'enclos, nous rencontrons une queue de " boys " attendant
leur tour pour déposer leur argent à la banque. La Compagnie le
leur garde jusqu'à, ce qu'ils quittent l'exploitation. Les " boys
" signent seulement un engagement à court terme : six mois. Mais beaucoup
d'entre eux restent plus longtemps au service de la De Beers, et amassent une
somme qui, pour eux, doit constituer une fortune considérable.
Juste
à l'entrée de l'enclos; des chefs cafres, portant des chapeaux de
paille européens et des carnets à la main, étaient en train
de prélever, des membres de leurs tribus respectives, des contributions
d'une façon qui doit être très courante. Ces impôts,
nous dit-on, sont toujours payés sans difficulté.
Ce sont les
mines qui ont fait la grandeur de l'Afrique du Sud et lui ont donné l'essor
économique nécessaire pour entreprendre d'autres industries. Mais
l'agriculture devra prendre sa place à côté des mines si l'on
veut maintenir le haut degré de prospérité actuel et le faire
progresser. La civilisation, dans les pays neufs, doit s'adapter aux conditions
spéciales de la région. Dans l'Afrique du Sud, en particulier, la
question de l'eau (car il y a une longue période sans pluie) doit être
étudiée très sérieusement. Déjà, beaucoup
de personnes s'y intéressent avec succès, ainsi qu'à l'élevage
des autruches, des moutons, à la plantation du wattle, espèce de
mimosa dont on emploie l'écorce pour la tannerie. Plusieurs Anglais notoires,
et parmi eux le duc, de Westminster, ont de grandes fermes dans ces régions.
Les condamnés aux travaux forcés sont employés dans les mines
Une
des routes favorites pour revenir en Europe est celle qui suit la côte de
l'Est. Je suis seulement allée jusqu'à Lourenço Marques,
ou l'on prend le bateau. Cette ville vaut bien une visite, car par l'aspect elle
se distingue absolument des autres villes que nous avons vues. On part de Johannesburg
le soir, vers huit heures et demie, et le lendemain, au réveil, on constate
tout de suite une altitude bien plus basse que la veille. Pendant la, nuit, si
vous avez regardé par la fenêtre du wagon, vous aurez remarqué
le profil des montagnes qui se dessinaient contre le ciel. Elles avaient des formes
étranges et pleines de mystère, de même que les silhouettes
de plantes à peine visibles dans le clair-obscur. L'air moins âpre,
la flore toute différente vous annoncent aussi que vous avez changé
de climat.
A Ressana Garcia, se trouve la frontière portugaise. C'est
d'ici que les indigènes recrutés dans les territoires portugais
sont expédiés aux mines. A cause de la grande mortalité causée
par la pneumonie dans la main-d’œuvre indigène, les chefs de l’industrie
minière firent venir de Londres, à très grand frais, pour
étudier la question sur place pendant six mois, Sir Almroth Wright, médecin
et biologiste, bien connu pour sa découverte du sérum anti-thyphique.
C'est
à Ressana Garcia que les indigènes furent inoculés avec le
sérum anti-pneumonique de Sir Almroth, par quelques-uns de ses aides.
On
obtint tout de suite des résultats très satisfaisants. Avant cette
découverte, presque tous les indigènes atteints de pneumonie en
mouraient, tandis qu'après l'inoculation le mal ne se faisait plus sentir
que très légèrement, et la mortalité tombait tout
de suite dans de notables proportions. Mais les expériences continuent
et l'on en est encore à attendre quels seront les résultats définitifs.
La
plus grande partie de la main-d’œuvre indigène recrutée en dehors
de l'Union de l'Afrique du Sud vient de Lourenço Marques, sauf un très
petit nombre de mineurs, à peine 8 pour 100, qui viennent de l'Afrique
tropicale. Mais tout dernièrement le Gouvernement de l'Union a donné
l'ordre qu'on cessât de recruter des ouvriers dans cette dernière
région, à cause de la grande mortalité qui sévit parmi
les indigènes. Le chiffre très élevé de cette mortalité
ne doit pas cependant nous imposer. Quand ces indigènes de l’Afrique tropicale
viennent à l'altitude élevée du Transvaal, ils sont répartis
dans des compounds où ils restent quelquefois jusqu'à deux ou trois
mois pour s'habituer aux rigueurs du climat. Au fur et à mesure qu'ils
sont en état de travailler, on les fait entrer dans les mines. C'est dans
le petit nombre des restants, reconnus impropres au travail, que sévit
l'affreuse mortalité dont nous venons de parler. Il est vrai que tous les
indigènes de cette partie de l'Afrique, moins robustes et moins intelligents
que leurs congénères du Sud, sont très difficiles à
accoutumer au travail et leur absence se fera à peine sentir.
Vers quatre
heures, on arrive à la petite station de Lourenço Marques. Le seul
hôtel passable qui existe à l'heure actuelle dans cette ville est
le Cardoza; mais je ne puis en rien dire d'après expérience, car
j'ai séjourné chez des amis qui avaient loué, pendant quelques
semaines, une petite villa appartenant à un Portugais. Notre chef s'appelait
" Mahommed ". Il passait la nuit chez lui et arrivait le matin, chargé
des provisions achetées pour la journée, il rapportait en particulier
des fruits tropicaux délicieux. Il était vêtu d'une longue
soutane de coton blanc et coiffé d'un turban rouge; car ici, à Lourenço
Marques, presque tous les indigènes sont des mahométans .
Lourenço
Marques joint tous les caractères d'une ville tropicale et africaine à
des ressouvenirs des vieilles cités portugaises. Le soir, il y a concert
sur la piazza. Les habitants, qui sont presque tous vêtus de blanc, s'assoient
aux tables des cafés pour prendre une consommation; ensuite, ils se promènent
en bavardant. J'ai été très frappé de la beauté
des fleurs qui font à cette ville une superbe ceinture. Toute la végétation
du pays est d'une exubérance extraordinaire et d'une splendeur inouïe:
bougainvillées mauve, rose, et pourpre, hibiscus flamboyants. Mais la liste
serait trop longue de toutes ces magnificences florales.
Lourenço Marques
possède une des plus belles plages pour bains de mer que j'ai jamais vues.
Le sable est d'une finesse et d'une blancheur incomparables. On a mis à
la disposition des baigneurs un vaste bassin entouré de treillages en fil
de fer pour les protéger contre les requins, qui sont très nombreux
tout le long de cette côte.
C'est dans ce coin d'Afrique qu'il m'a été
donné de voir le premier vol d'aéroplanes auquel j'ai assisté
de
ma vie. Un Anglais avait annoncé sa première ascension pour un dimanche,
et ce jour-là toute la population s'était réunie à
l'endroit indique. Il n'y a, pas de routes pour sortir de la ville, ni en voiture,
ni en auto. Et pourtant, ces derniers véhicules ne manquent pas ici ! I1
nous fallut donc prendre 1e chemin de fer.
Quel spectacle amusant que celui
de tous les habitants de Lourenço Marques, du gouverneur au plus petit
commerçant, réunis ce jour là pour assister au même
spectacle. Il y avait là des Portugais, des Anglais, des Indiens, des indigènes
de Goa, fort nombreux ici, des naturels de la colonie; enfin, une collection de
types et de races, unique au monde.
La baie de Lourenço Marques (Delagoa
Bay) est, après celle de Rio de Janeiro, la plus vase du monde.
La vue
qu'on a le soir, au coucher du soleil, des hauteurs de la ville, sur cette baie
traversée constamment par de nombreux navires, est des plus belles et très
impressionnante. Pour ceux qui aiment 1a pêche, il y a ici des endroits
très poissonneux. La ville est aussi un centre d'excursions superbes le
long des cours d'eau qui se donnent rendez-vous en amont de Lourenço Marques.
Mais il faut alors se munir de provisions, car les auberges sont rarissimes dans
l'intérieur du pays.
Il est quelquefois difficile de débarquer
à cause des rivages marécageux dont le sol, dans beaucoup d'endroits,
s'enfonce sous les pas. II est même arrivé une fois qu'un officier
anglais s'est enlisé dans ces fanges, tout près de la ville, sans
qu'on pût le sauver.
Lourenço Marques est le port naturel du Transvaal,
étant situé à dix-huit heures de distance de Johannersburg,
tandis que tous les autres ports sont beaucoup plus éloignés. Mais
c'est une possession portugaise, ce qui suscite toutes sortes de difficultés,
sans parler de l'état de délabrement et d'incurie dont ce port a
tant de peine à sortir. II est aujourd'hui assez profond et assez bien
outillé pour suffire au grand commerce. Peut-être, avec le temps,
y fera-t-on de nouveaux travaux d'amélioration qui en activeront encore
le mouvement commercial.
ETHEL
MATTER BAGG.
RENSEIGNEMENTS
PRATIQUES :
Dans l'intérêt de ceux qui voudraient entreprendre un voyage
de ce côté du monde, je vais donner l'idée de ce que cela
peut coûter. II y a quelquefois des excursions spécialement organisées
à prix réduits pour les touristes pressés; mais je m'occuperai
seulement des prix ordinaires. Le prix d'une cabine, tout compris, est d'environ
40 livres sterling, c'est-à-dire 1000 francs. Un peu plus, un peu moins,
selon 1a position de la cabine sur le bateau. Voyager par train en Afrique est
moins coûteux par kilomètre qu'en Europe; mais les distances sont
très grandes. De Capetown à Johannesburg, 1e billet coûte
de 175 à 200 francs; en outre, i1 faut ajouter environ 15 francs par jour
pour la nourriture. Si l'on veut aller au Carlton Hotel, à Johannesburg,
le prix de pension est environ le même que dans un hôtel de ce genre
en Europe, mais il y en a d'autres qui ne sont pas si chers. Il faut compter environ
1 000 francs pour toute une excursion de Johannesburg à Victoria-Falls
et retour, les Matoppos inclus; mais il y a encore des excursions intéressantes
et beaucoup moins coûteuses à faire. C'est vraiment un pays que doivent
aller visiter tous ceux qui ont des loisirs : ils ne regretteront ni le temps
ni l'argent qu'ils auront consacrés a ce voyage.
Maison
typique des indigènes: faite en argile recouverte de platre avec un toit
de chaume