LE TOUR DU MONDE - 1913


L'arrivée à Capetown: au fond la montagne de la table

VOYAGE DANS L'AFRIQUE DU SUD

PAR Mlle ETHEL MATHER BAG

I - AU TOMBEAU DE CECIL RHODES ET AUX VICTORIA FALLS

      Comment on va d'Angleterre en Afrique du Sud. - Capetown. - En wagon de Capetown à Bulawayo. - Le tombeau de Cecil Rhodes - En route vers le Zambèze. - Les Victoria. Falls. - Retour vers le Sud. - Arrivée à Johannesburg.

    L'Afrique - du Nord et du Sud - préoccupe à un tel point, à l'heure actuelle le monde civilise, que les lecteurs du Tour du Monde s'intéresseront sans doute au récif du voyage qu'a fait l'auteur de ces lignes pour aller visiter le tombeau de Cecil Rhodes, dans des Matoppos, et les Victoria Falls (Chutes du Zambéze). Du moins, ils pourront se rendre compte des beautés de cute partie du monde à la vue des quelques photographies qui accompagnent cet article. i1 y a plusieurs compagnies qui entreprennent le service entre l'Angleterre et les ports sud-africains; la meilleure est celle des " mail boats " de la Union Castle-line. On part de Londres le samedi matin pour prendre le bateau à Southampton. Grands mouvements de foule, bousculades, cohue. On s'embarque. Les voyageurs font leurs adieux aux amis qui sont venus les saluer, et enfin, vers 4 heures, le grand bateau évolue lentement sur le Solent pour gagner la pleine mer. Si la baie de Biscaye soutient sa vieille réputation, on peut s'attendre à y être un peu ballotté ; mais après avoir quitté Madère, on navigue sur une mer presque toujours calme, sauf à deux jours environ de Capetown, où la mousson fait trop souvent des siennes.
    Le quatrième jour, on fait escale pendant environ quatre heures à Madère, ce qui permet de débarquer à Funchal, capitale de l'île, d'y déjeuner, d'acheter des broderies, et de se promener parmi les fleurs, les palmiers et les arbres fruitiers, d'une magnificence déjà toute tropicale.
    Après cette petite interruption, on repart pour entreprendre un fort long trajet sans aucune relâche.
    Mais une fois qu'on est installé à bord, le temps passe bien vite. Il se forme de petits groupes d'amis, des flirts s'ébauchent, des relations s'amorcent. Le jour, on a pour se divertir différents sports , et, le soir, le concert ou le bal. Enfin, s'organise la grande soirée où l'on décerne des prix à ceux qui se sont distingués dans divers concours : lutte, sains, travestis même, où chacun s'est efforcé d'arborer le costume le plus pittoresquement inédit. Les heureux gagnants sont couronnés par une des dames de marque du bord.
    Enfui, après dix-sept jours de traversée, à l'aube, on voit se profiler la " Table Mountain ". Je crois qu'il y a peu de scènes aussi impressionnantes que l'arrivée à Capetown.
    Aussitôt que le jour point, on entrevoit la ville, blottie au pied de la grande montagne qui justifie bien son nom de Montagne de la Table et qui est presque toujours couverte de nuages. De toutes parts se dressent des hauteurs et, comme nous avons justement quitté l'Europe au mois de juin ou de juillet pour voir les eaux du Zambèze dans la meilleure saison, nous trouverons l'hiver ici et les sommets du sud de l'Afrique seront couverts de neige. Mais à Capetown il ne fait jamais froid, comme on peut d'ailleurs s'en rendre compte par la belle végétation qu'on y admire.
    C'est une opinion commune parmi les botanistes que la flore merveilleusement variée de la région du Cap, si l'on tient compte des limites de la contrée, est la, plus riche du monde entier en variétés originales.
    Ce qui frappe surtout, une fois que le bateau a jeté l'ancre, c'est la couleur étrange de la main d’œuvre : elle est de toutes les nuances qui vont du noir au blanc, mais le café au lait domine. Au Cap, comme du reste dans toute l'Afrique du Sud, la question des races est d'actualité. On rencontre des Africains de tous les types imaginables: insulaires de Sainte-Hélène, Malais, Indiens, métis de toutes les races noires qui se sont mélangées aux Hollandais, aux Français, aux Anglais venus ici jadis soit pour fonder une station de ravitaillement à l'usage des voyageurs de la Dutch-East-India-Compasy qui s'en allaient aux Indes, soit pour fuir les persécutions dans leurs propres pays, soit enfin pour chercher fortune dans cette partie du monde.


    Un chef indigene

    Capetown est la plus ancienne ville de l'Afrique du Sud et celle qui nous offre le plus les apparences d'une ancienne civilisation. Fondée vers le commencement du XVIIe siècle comme station de ravitaillement, elle constituait déjà à la fin du même siècle une petite ville avec une centaine de maisons particulières. Le gouverneur de la Compagnie, Simon Van Der Stel s'était beaucoup occupé de jardins où se trouvaient des plantes indigènes et étrangères merveilleuses. Surtout il faisait cultiver des chênes. On voit encore beaucoup de ces arbres magnifiques, et les vignes de Constantin, d'où provient le vin aujourd'hui célèbre, sont aussi dus à ses soins. Maintenant, la ville a une très belle apparence, avec de grandes rues et de jolis magasins. Elle est le siège du gouvernement législatif, car la réunion parlementaire y a lieu pendant plusieurs mois chaque année. C'est pour cela que, durant ce temps, la ville devient plus que d'habitude un centre social. Les membres du " House of Assembly " et du Sénat se retrouvent là avec leurs femmes, et toutes les belles propriétés qu'on voit, surtout dans les jolis environs de la ville, sont alors habitées.
    C'est ici que Cecil Rhodes passa de longues années dans la maison dite Groote Schuur (grand grenier), qu'il fit reconstruire dans le style primitif par Herbert Baker, un des premiers architectes du pays, après que cette demeure hollandaise, qui datait du XVIIe siècle, eut été détruite par le feu en 1896.
    Par une des dispositions de son testament, cette propriété, la maison et le parc, peuplé d'animaux sauvages et orné d'une quantité d'arbres et de fleurs, est maintenant la résidence du premier ministre de l'Afrique du Sud. Et l'on sait que cette confédération des quatre Etats sud-africains a été le rêve de toute sa vie.

    Je pourrais m'arrêter longtemps à décrire toutes les beautés de Capetown et tout ce qui s'y trouve d’intéressant, mais notre première visite doit être pour la tombe de Cecil Rhodes et pour cela , il faut se hâter, car nous avons encore beaucoup à faire avant que tout notre bagage soit sorti des mains de la douane et déposé dans le vagon... Nous voici donc dans un de ces petits trains du gouvernement du Cap. Les vagons sont très confortablement divisés en compartiments pour deux et quatre voyageurs, et quelques-uns comprennent des salons pour familles, tout garnis de cuir, ce qui nous change agréablement du velours sale habituel aux Vagons européens. Les vagons-restaurants qui accompagnent les trains principaux sontpropres et agréables, et comme on marche à une vitesse d'environ trente Kilomètres à l'heure, les voyageurs arrivent à destination en Rhodésia peu fatigués en proportion du long trajet qu'ils ont accompli.
    En partant de Capetown, le train passe d'abord au milieu de fermes florissantes. Ce sont de petites maisons blanches, d'aspect très avenant, ombragées par de vieux arbres et entourées de champs et de vignes bien cultives, car c'est ici une région vinicole par excellence. Mais au bout de quelques kilomètres, le pays devient plus sauvage et bientôt s'ouvre la vallée du " Hex River ". Le train file entre de hautes montagnes couvertes d'une végétation rabougrie, monte sur l'immense plateau qui forme une grande partie de l'Afrique du Sud, traverse le désert du Karoo; non pas un désert sablonneux, comme on se le représentait étant écolier, mais une vaste étendue onduleuse, couverte d'une pauvre verdure clairsemée. Quelque maigre qu'il soit, ce terrain semble plaire aux autruches: on en rencontre qui cherchent leur nourriture et regardent d'un air nonchalant le train qui passe devant elles. Des troupeaux de moutons paissent çà et là, et l'on s'étonne de voir dés bêtes aussi grasses et aussi prospères sur un territoire d'aspect aussi chétif.
    Les couchers du soleil sur le karoo et sur le veldt, comme d'ailleurs dans toutes les parties de l'Afrique du Sud que j'ai visitées, sont d'une beauté indescriptible, bien plus éclatants que dans notre hémisphère.
    Il n'y a qu'un crépuscule très court; mais dans ces minutes si brèves semblent se concentrer toute la gloire et toute la magie de la lumière du jour à son déclin : pas une couleur, pas une nuance ne fait défaut; mais les bleus et les violets merveilleux prédominent. Même en plein jour, les montagnes sont d'un bleu intense, et dont je n'ai remarqué l'équivalent nulle pari ailleurs.
    On a beaucoup écrit sur le veldt; mais les mots ne peuvent pas exprimer 1a fascination qu'il exerce sur ceux qui l'aiment. L'Afrique du Sud, qu'un poète anglais a si justement symbolisée sous les traits d'une femme, ne fait rien à moitié: Elle vous laisse entièrement froid, ou elle vous fascine à un tel point que, pendant tout le reste de votre vie, vous ne parvenez plus à secouer un pareil charme.
    Parmi les nombreuses localités ou le train s'arrête pendant des trois jours que dure le trajet dont Bulawayo est le point terminus, il y en a ceux ou trois dont les noms sont familiers à tout le monde. En première ligne : Kimberley .
    Environ vingt-quatre heures après avoir quitté Capetown, on voit à de nombreuses particularités que l'on approche de la capitale du diamant. Partout se creusent des mines qui ont été le centre d'une production incessante depuis 1876.
    La découverte de ces pierres précieuses dans l'Afrique du Sud fut faite simplement par chance. En 1857, un commerçant trouva dans une ferme boer de la Colonie du Cap, parmi une collection de cailloux de rivière, une pierre blanche qui lui plaisait. On la montra au commissionnaire civil à Colesberg; elle fut déclarée être un diamant, et plus tard le gouverneur du Cap l'acheta pour 500 livres sterling. Deux ans après, une deuxième pierre du même genre fut achetée à un Hottentot, par le fermier lui-même, van Niekerk. Cette pierre fut vendue d'abord pour 11 200 livres sterling et ultérieurement pour 25 000 livres au comte de Dudley.
    Elle avait reçu le nom d'Étoile de l'Afrique. Ces trouvailles attirèrent l'attention du public et, comme elles étaient des pierres de rivière, il y eut bientôt beaucoup de chercheurs dans les environs du confluent des fleuves Vaal, Modder et Orange.
    L'homme de qui le nom est intimement lié à l'histoire de l'Afrique du Sud et dont nous allons visiter le tombeau, passa à Kimberley nombre des meilleures années de sa vie. De 1873, année où il entra à Oriel College, à Oxford, jusqu'en 1881, où il conquit ses diplômes, il partagea son temps entre Kimberley et l'Angleterre. Pendant les années 1879 et 1884, il resta à Kimberley, occupé à fonder la compagnie des mines De Beers. C'est entièrement à Cecil Rhodes que l'industrie diamantifère dut d'être sauvée de la concurrence désastreuse des compagnies rivales. C'est en 1888, après une lutte ardente avec Barnato, que la grande, corporation - De Beers Consolidated Mines - fut fondée et monopolisa la production des diamants, à l'exception d'un petit nombre de mines indépendantes. Lors de la guerre Sud-Africaine, Kimberley fut assiégé pendant quatre mois et Cecil Rhodes contribua si puissamment à sa défense qu'il s'attira la reconnaissance générale.
    L'apparence de Kimberley est assez triste; la ville est située au milieu d'un pays très plat et sec; mais ses habitants paraissent l'aimer, et la compagnie De Beers fait tout ce qu'elle peut pour pourvoir ses employés de maisons confortables et de distractions.
    La station suivante, bien connue aussi, où l'on arrive au matin du troisième jour du voyage, est Mafeking, petite ville de deux mille habitants à peine, et dont le peu d'importance matérielle paraît hors de proportion avec la renommée. C'est d'ici que le docteur Jameson partit avec sa troupe pour le fameux " Raid ", à la fin de 1895. Plus tard, pendant la première partie de la guerre, elle fut assiégée pendant sept mois par le général Paden-Powell, dont la notoriété s'est accrue depuis qu'il est devenu fondateur de l’œuvre des " Boys Scouts ".
    Pendant que notre train marche vers le nord, nous remarquons des vestiges de la guerre sous forme de " block-houses " et de petits tombeaux blancs voisins de quelques gares solitaires, tristes souvenirs de ce qui se passa ici il y a une douzaine d'années. Mais à part ces traces matérieles, tous les autres signes de la guerre sont en train, de s'effacer rapidement. Sans doute il demeure encore, et cela est tout naturel, un sentiment d'amertume chez ceux qui ont souffert, sentiment entretenu, d'ailleurs par des politiciens pour leur profit personnel ou par des gens dispersés dans le veldt et qui ne sentent pas les bienfaits du nouvel état de choses; mais en définitive, cette guerre, qui appartient déjà au passé, a vu s'évanouir ses traces dévastatrices sous une prospérité de dix à douze années, où toutes les races européennes de l'Afrique du Sud n'ont plus rivalisé que dans les arts de la paix, et dans une ardente activité pour le plus grand bien de leur pays commun.
    Dans quelques endroits où le drain s'arrête pour prendre de l'eau - on pourrait à peine leur donner le nom de stations - des indigènes affluent, dans les costumes ou les attitudes les plus pittoresques. Les uns vendent des oranges dans des paniers tressés de forme conique, d'autres vous offrent des " karros ", couvertures faites de peaux d'animaux, dont quelques-unes sont très belles... A Palapye Road, résidence d'un des chefs de la région, on peut acheter des sculptures en bois représentant surtout des animaux, amusants exemplaires de l'art indigène.
    Tout le pays que nous traversons est d'aspect plutôt monotone, mais les reflets de la lumière changent d'une façon si merveilleuse qu'on ne s'en fatigue pas. Néanmoins, je suis sûre que tout voyageur sera fort heureux d'arriver à Bulawayo, le matin du quatrième jour. Comme le train pour les Victoria-Falls ou Chutes du Zambèze ne part que deux fois par semaine, il s'agit ou bien de passer quelques jours à Bulawayo, ou bien de consacrer seulement quelques heures à faire l'excursion des Matoppos, où se trouve le tombeau de Cecil Rhodes. C'est ce que nous décidons de faire; mais beaucoup préfèrent s'arrêter dans le très confortable hôtel de Bulawayo d'où l'on peut aller visiter les ruines de Gouelo, ou le district de Zimbaboue. Le chemin de fer n'atteint pas encore aux Matoppos, mais la ligne sera bientôt terminée. En attendant, le seul moyen de transport est la carriole de la poste. Mais on dit que les ruines merveilleuses de Zimbaboue valent bien quelques heures de secousses dans les carrioles sans ressors tirées par des mules. Pendant longtemps, le problème de l'origine de ces ruines : maisons, temples ou palais, attestant l'existence de toute une ville disparue, a fait l'objet de longues polémiques; beaucoup de savants ont vu là ce qui reste d'Ophir, la ville de la Bible. Ils justifient cette opinion en montrant les traces des nombreuses extractions minières qui y furent opérées anciennement, ainsi qu'en témoignent, entre autres, les perles d'or qu'on y a retrouvées.


    La colline des Matoppos : En haut le tombeau de Cecil Rhodes

    Mais, à l'heure actuelle, la question est à peu près tranchée : ce sont des Phéniciens qui ont dû construire cette grande ville.
    Nous avions déjeune dans le train et quand il arriva à Bulawayo, vers huit heures et demie, nous montâmes tout de suite dans l'auto qui allait nous conduire aux Matoppos. Cecil Rhodes a fait construire une très belle route qui traverse son ancienne ferme, devenue propriété des administrateurs de ses biens, et qui nous mène au pied même de la colline au sommet de laquelle se trouve son tombeau.
    Nous dûmes d'abord traverser la ville. II est curieux de penser qu'il y a moins de vingt ans, là où se trouve maintenant "government house " il y avait le Kraal et la demeure de Lo Bengula, où ce chef sauvage habitait avec ses soixante-huit femmes..
    Quand il exerçait son pouvoir si terriblement absolu et d'une férocité dont peuvent témoigner les pionniers qui le connurent alors, il ne devait guère prévoir les changements qui survinrent si vite dans son pays.

    Après la guerre des Matabeles, en 1893, Lo Bengula s'enfuit dans les montagnes, en donnant l'ordre de faire brûler son grand kraal. On n'entendit plus jamais parler de lui, et en même temps mourut la race, robuste et bien douée, mais farouche, des Matabeles.
    La ville de Bulawayo a l'air un peu triste, située comme elle est dans une grande plaine balayée par les vents. Pourtant, l'observateur le plus superficiel est obligé de remarquer la prospérité qui y règne. Les rues sont larges et bien tenues; de toutes parts, des avenues d'arbres ouvrent leurs perspectives sur de belles maisons.
    Quelques minutes après être sortie de la ville, l'auto s'arrêta à une barrière qui nous fut ouverte par un gendarme noir, très chic dans son uniforme en jaquette et en culotte de toile blanche. Nous entrons maintenant dans la propriété de Rhodes. Government House était sa résidence officielle; mais sa demeure favorite était ici, dans un groupe de maisons indigènes, des "rondavels " comme on les nomme, c'est-à-dire des huttes rondes construites en argile recouverte de plâtré et avec des toits de chaume. Ces huttes ont été remplacées aujourd'hui par une maison européenne où habite le directeur de la, ferme. Elle est située en haut d'une petite colline avec perspective sur toute la vallée. Partout il y a des champs très bien cultivés, du bétail très bien nourri. Un peu plus loin, nous passons à travers une plantation d'arbres étranges, encadrés de quantités de " poinsettias " magnifiques. Dans ce pays, ils croissent en buisson et forment de grandes taches de couleur disséminés dans les champs. Après que l'on a dépassé la ferme, le paysage devient beaucoup plus sauvage.
    La formation géologique des Matoppos est bien curieuse et, autant que je sache, assez rare. Partout se dressent d'énormes blocs de pierre ronds et lisses, et échafaudés les uns sur les autres d'une telle façon qu'on craint de les voir s'écrouler au moindre souffle d'air. Mais ils sont restés ainsi en équilibre pendant des siècles. Quelle force souterraine les hissa dans cette position? Il est difficile de le concevoir. Quelques unes de ces formations géologiques revêtent des formes très curieuses : ainsi, tout près de la maison du directeur, vous croiriez voir l'effigie de Rhodes assis dans sa chaise, du moins à ce que prétendent les gens du pays : c'est le profil d'un de ces blocs qui prête à ce rapprochement. La végétation consiste surtout en euphorbias et en arbres épineux, espèce de mimosa très répandue dans tout ce pays. Mais, comme je l'ai déjà dit, nous sommes maintenant en hiver et il y a très peu de fleurs.
    Après que nous avons marché environ une heure et demie, le chemin s'arrête au pied d'une grande colline nue; nous descendons de l'auto, et faisons l'ascension à pied. Et maintenant, nous comprenons que depuis que nous avons quitté Bulawayo nous nous sommes élevés graduellement, car partout autour de nous, il y a collines sur collines. En une minute, nous arrivons au Sommet. Ici, solitude absolue.
    Tout autour de nous, à perte de vue, des collines parallèles s'échelonnent, pressées les unes derrière les autres, comme les grandes houles d'un Océan frappé tout à coup d'immobilité. Près de nous, pas l'ombre d'une habitation, pas trace de la main de l'homme. Seul, un énorme quartier de roc, qu'on dirait dressé au sommet de la colline par la main d'un géant, nous tient compagnie. Et ce roc est un tombeau, le tombeau du ".Napoléon du Cap ", de celui à qui revient de droit le titre de créateur de l'Afrique australe britannique.
    Mais personne, mieux que Cecil Rhodes lui-même, n'a peint la majesté de cette solitude, où il a voulu qu'on l'ensevelit. Voici quelles ont été ses dernières volontés, telles qu'on peut les lire dans son testament :
    " J'admire la grandeur et la solitude des Matoppos en Rhodésie, et pour cela je désire y être enterré, sur la colline où je m'asseyais autrefois et que j'appelais " La vue du monde ". Un carré coupé dans le rocher couvert d'une simple plaque en cuivre jaune avec ces mots: ici repose la dépouille mortelle de Cecil John Rhodes "
    Il est mort dans son petit cottage de Muizenberg au bord de la mer, tout prés de Capetown, où il s'était retiré pour avoir plus de tranquillité. Ses derniers mots furent : Si peu de fait et tant à faire ! " Mais sa politique a été continuée par des mains habiles et il serait peut-être satisfait, s'il pouvait voir comment la plupart de ses projets ont été réalisés. Il a toujours compté un grand nombre de Boers parmi ses amis, et quand le cortège funéraire s'avança vers les Matoppos pour l'accompagner à sa dernière demeure, le convoi funèbre s'étendait sur une distance énorme. Beaucoup de personnes, que les événements des années précédentes lui avaient aliénées, s'étaient réunies pour lui rendre les derniers honneurs.
    Il avait toujours eu une influence spéciale sur les noirs et savait se faire aimer d'eux. On en vit un très grand nombre qui accompagnèrent aussi la dépouille mortelle de leur " grand maître ". Quiconque vient ici et regarde ce beau pays, qui se déroule tout autour de ce tombeau solitaire, ne peut manquer d'admirer les grandes idées de cet homme, qui a donné son nom à cette partie de l'Empire britannique.
    Avant de quitter ce lieu, jetons aussi un regard sur un monument voisin du tombeau de Cecil Rhodes.
    Ce monument, érigé au major Alan Wilson et à ses trente-quatre compagnons, se trouve sur la pente de la colline. Ces hommes furent massacrés ensemble, à Shangani, en 1893, dans la guerre contre les Mutables.
    D'abord, on les avait enterrés prés du lieu où ils étaient tombés, mais Rhodes leur fit faire ce monument et les transporta ici.
    Le moment de nous retirer est venu et nous rentrons par le même chemin à Bulawayo. Nous nous arrêterons peut-être pour prendre du thé à l'hôtel très avenant construit tout prés d'un réservoir dont l'eau fertilise tous les champs environnants. Au bout de ces cinq ou six heures, où vous aurez éprouvé des impressions que vous garderez pour la vie, vous remontez dans le train pour terminer le petit trajet qui reste à faire avant d'arriver au Zambèze. Le paysage a changé complètement d'aspect. Partout, se dressent des arbres géants, qui forment toute une forêt, et par-ci par-là d'énormes baobabs érigent leurs multiples troncs lisses. C'est le pays des lions, des girafes, de plusieurs espèces d'antilopes; mais les animaux sauvages ne daignent pas venir examiner notre train et nous n'en voyons pas l'ombre. Pourtant, à une certaine station, le conducteur nous montre le squelette d'un éléphant qui, l'année dernière avait commis l'imprudence de s'endormir sur les rails et de causer au train douze à treize heures de retard.
    Encore une nuit à passer en wagon et le lendemain, vers 7h42, nous arrivons à la petite station des victoria Falls. Il y a ici simplement un hôtel, quelques huttes qui abritent l'atelier d'un photographe et le bureau de poste, un petit groupe de cabanes d'indigènes ; et c'est tout. L'hôtel est confortable : il posséda même pendant un certain temps un ex-chef de l'hôtel Ritz, à Paris. Il est composé de trois constructions qui n'ont que le rez-de-chaussée. Une d'entre elles est réservée aux appartements ayant salle de bains et salons privés. Mais on va en reconstruire un nouveau prochainement qui sera mieux adapté au climat, c'est-à-dire à la grande chaleur du jour et au froid excessif des nuits d'hiver.


    Carte de L'afrique du sud

    Je crois que tout voyageur est si content de sortir du train poussiéreux que sa première pensée sera pour un bain. Alors, bien rafraîchi, il sera en état de jouir de toute la grandiose nature au milieu de laquelle il se trouve.C'est du train que nous avons d'abord vu, pour un instant, le Zambèse et ses chutes, pendant que nous filions à travers la forêt, avant d'arriver à la petite gare. Comme cet aspect diffère de la première impression que David Livingstone a du éprouver quand il a passé par ici avec son escorte de 120 indigènes !
    Au milieu de novembre 1855, il voyageait en longeant les rives du Zambèze, quand tout à coup il vit surgir dans les airs les cinq colonnes de vapeur qui montaient des chutes.
    La simplicité de son langage est si expressive que je vais en citer quelques phrases : " Étant persuadé que M, Oswell (son compagnon pendant plusieurs de ses voyages) et moi nous étions les tout premiers Européens à voir le Zambèze au milieu de l'Afrique, j'ai décidé d'user de la même liberté que les Makololos et je des nommai les chutes de Victoria, le seul nom anglais que j'aie donné à aucune partie du pays.
    Toute la scène est extrêmement belle; les rives et les îles parsemée dans le fleuve sont ornées d'une végétation sylvaine de toutes les variétés de couleur et de formes... De l'extrémité de l'île où nous débarquions d'abord, bien qu'elle se trouvât à une distance de quelques pieds seulement des chutes, personne ne pouvait voir où s'en allait la grande masse d'eau; elle paraissait se perdre dans une fente transversale de 80 pieds de largeur seulement, rampant avec prudence jusqu'au bout de l’île, je regardai dans la faille qui s'était faite d'une rive à l'autre du grand Zambèze, et je vis qu'un fleuve de 160 mètres de large se précipitait d'une hauteur de 100 mètres et tout d'un coup était comprimé dans un espace de 15 à 20 mètres. Les chutes sont simplement crées par une crevasse qui s'étend dans le rocher dur de basalte, de la rive droite à la rive gauche, et puis prolongée de la rive gauche par 30 à 40 milles de collines " 
    Livingstone a planté ici, pensant qu'ils n'y manqueraient jamais d'eau, quelques noyaux de péchés et d'abricots et des graines de caféier qu'il avait rapportés d'Angola. " Ma seule peur, dit-il, était les hippopotames, dont je voyais des traces dans l’île. Quand ce jardin fut préparé, je gravai mes initiales sur un arbre, et la date: 1855 ; et c'est la seule fois que je me livrai à une telle vanité. "

    Parmi tout le confort dont nous sommes entourés pendant notre voyage, nous oublions facilement les difficultés qu'il fallait surmonter, même il y a peu d'années, pour circuler dans ces pays reculés.
    Quand Livingstone les parcourait a pied, il devait se procurer par la chasse sa propre nourriture et celle de son escorte et, quand certain jour le gibier lui manqua il fut très heureux de trouver des taupes et des souris à manger !
    Maintenant, pour continuer notre visite aux Victoria Falls, tout ce qui nous reste à faire est une petite promenade de quinze minutes et nous nous trouvons devant les chutes du Zambèze. La première vue que nous en aurons sera, du pont qui fut terminé i1 y environ sept ans et par où le chemin de fer franchit le fleuve pour atteindre au Katanga, dans le Congo belge, et plus loin se lancer dans la direction du Nil; car ce tronçon, est une, des étapes, ne l'oublions pas, du chemin de fer du Cap au Caire.
    Mais il y a tant de points de vue des chutes et du fleuve qu'on trouvera de quoi remplir les quatre jours et demi entre l'arrivée et le départ du train. Beaucoup de personnes voudraient même rester ici plus longtemps et je ne connais pas de manière plus agréable de passer quinze jours. Il y a des excursions à faire dans diverses forêts pleines de palmiers et d'autres arbres tropicaux. Les singes gambadent et vous regardent avec leurs petits yeux malicieux, en vous jetant des noix. C'est délicieux d'aller sur le Zambèze en canot " pagayé " par quatre indigènes. En rentrant au coucher du soleil, vous verrez des crocodiles, qui respirent l'air frais après la chaleur du jour, étendus sur des pierres. Mais il faut se méfier des hippopotames à cette heure-là: eux aussi aiment à venir prendre l'air et ils ont parfois la velléité de faire chavirer les canots. Les indigènes vous feront aborder dans l'île de Livingstone, où se trouve encore l'arbre du grand explorateur, et qui est un des meilleurs points pour voir l'arc-en-ciel sur tes chutes. Mais on est peut-être encore plus impressionné en se promenant par un beau clair de lune dans la forêt mouillée par l'embrun.
    On se sent si seul avec la nature qu'on voudrait toujours y rester et ne pas retourner vers le brouhaha et tous les mensonges de la civilisation. La lune jouant sur les chutes et y dessinant son grand halo vous permet de pénétrer dans les mystères de la vie. Voilà enfin un endroit où la main de l'homme n'a pu encore rien détruire ni rien souiller! Espérons qu'il en sera toujours ainsi.
    Il nous reste à faire une visite, celle de la petite ville de Livingstone, capitale de cette partie de la Rhodésie; ville des plus propres et des mieux entretenues, et très avenante avec ses jolies maisons ornées de quantités de fleurs, parmi lesquelles resplendissent les poinsettias et les bougainvillées. Elle se trouve à environ six kilomètres des chutes et on y va en partie par bateau et en partie sur des trollies. Ces trollies sont de petites charettes sur rails, conduites par des indigènes.


    Les immenses Baobab érigent leur multitude de tronc lisses


    Une fois arrivés dans cet endroit, beaucoup de voyageurs seront désireux de pousser plus loin vers le centre de l'Afrique ; mais, pour nous, ce n'était pas possible et, après avoir pleinement joui de la nature tropicale dans toute sa beauté, nous avons dû tourner nos pas vers le Sud et la vie mouvementée des villes.
    Je m'en voudrais de ne pas dire, en terminant, quelle agréable impression m'a laissée la Rhodésie. C'est un très beau pays agricole avec un climat délicieux. Déjà, beaucoup de personnes s'y sont installées et s'en félicitent. Maintenant que le " dry-farming " fait de si grands progrès, l'agriculture de l'Afrique du Sud en tirera les plus grands bénéfices. Ce qu'il faudrait avant tout à la Rhodésia,, ce sont de jeunes femmes et des jeunes gens qui y feraient leur " home " et qui adopteraient ce pays comme patrie. Les Français ont de belles colonies tout près de chez eux, l'Algérie et la, Tunisie, où ils trouvent un climat ensoleillé et qui les captive. Mais quelques-uns parmi eux, plus tentés par l'esprit d'aventures, plus désireux d'éloignement estiment peut-être que l'Afrique du Nord est trop proche. Qu'ils songent alors que l'Afrique du Sud s'offre à eux et leur réserve des satisfactions très grandes.
    Après avoir admiré la merveille des Victoria-Falls, nous voulions voir le centre industriel de l'Afrique du Sud : Johannesburg. Nous ne pouvions pas nous servir du chemin de fer puisqu'il vient à peine d'être ouvert â la circulation entre Mafeking et Johannesburg, aussi, une automobile nous attendait-elle à Lobatse, petite localité située un peu au nord de Mafeking. Quelques maisonnettes, la gare, une espèce d'auberge et des abris pour le bétail qu'on voit groupé autour des grands mimosas, et c'est tout.
    Il n'y avait rien pour nous encourager à nous y attarder, et nous repartons donc au plus vite.
    Il nous restait encore 175 milles à faire avant d'arriver , Johannesburg.
    Les soi-disant routes de là-bas sont souvent bien mauvaises; il faut pouvoir compter sur ne voiture adaptée aux conditions spéciales du climat et du pays et sur un chauffeur expert.
    La matinée était magnifique et plutôt fraîche; le ciel, d'un bleu profond et sans nuages. L'atmosphère africaine a quelque chose qui vous grise ; est-cela lumière, ou la couleur, ou l'air? En tout cas ceux qui s'en sont imprégnés ne peuvent pas l'oublier. Ce jour-là, nous vîmes beaucoup d'oiseaux étranges et très beaux ; quelques-uns des couleurs les plus vives. Je ne saurais en dire les noms, excepté pour quelques espèces, comme le " secrétaire ", qui est de la taille d'une grande cigogne, mais tout gris, avec une tache rouge à la tête; puis, c'est, " l'oiseau de veuve ", tout noir avec une queue presque deux fois longue comme son corps et d'un orangé très vif.
    Nous traversons plusieurs petits villages boers, tous semblables, avec une rue principale, des maisonnettes de chaque côté et quelques grands arbres. Dans ces villages, le souvenir de la terre natale hollandaise est très vif. Les habitants parlent presque tous le taal, sorte de patois hollandais. Mais naturellement ils comprennent aussi l'anglais.
    Nous avons traversé plusieurs " kaffir-kraals ". Ce sont des villages d'indigènes, composés de maisons rondes, construites en argile, couvertes en chaume, et quelquefois entourés d'un " stockade ", ou enceinte palissadée.
    Maintenant encore, cette partie du Transvaal est très peu habitée ; elle offre un contraste absolu avec nos villes surpeuplées et même nos campagnes, où le sol labouré depuis des siècles est fatigué de produire.
    Ici, toute cette terre est vierge et réchauffée par un soleil splendide. La seule difficulté consiste dans le manque d'eau en quelques endroits. Mais, grâce à l'irrigation, on peut éviter ou diminuer cet inconvénient.
    Dans tous les pays neufs, il faut s'aider soi-même et savoir mettre la main à la pâte, ne pas craindre la solitude et le manque de luxe, de divertissements, enfin tous les inconvénients d'un pays où, à part les villes, la civilisation européenne n'a pas encore eu le temps de s'établir. Mais on trouve bien des compensations à cette vie...
    Cette journée passée en auto, au milieu de l'air merveilleux du Transvaal, fut pour moi riche en nouvelles impressions. Dans le " bush-veldt ", les arbres sont petits; on trouve surtout une sorte de mimosa avec de grandes épines, et de jolies fleurs jaunes en été. Comme nous montons vers " le high veldt ", les arbres diminuent et la seule végétation pour ainsi dire est l'herbe parsemée de petites fleurs blanches et jaunes, qui s'ouvrent après la pluie. Vers le soir, nous apercevons les approches d'une grande agglomération. Nous traversons d'abord Krügersdorp, ville où commencent les mines, et, après trois quarts d'heure de marche environ sur une route aussi bonne que celles de l’Europe, et qui dessert les mines, sur une longueur de soixante milles, nous entrons a Johannesburg.
    Au milieu du XIXe siècle, la découverte de l'or attirait les populations vers l'Amérique du Nord et l'Australie ; de même, à la fin du XIXe siècle, l'Afrique du Sud exerça une attraction irrésistible. Au point de vue industriel, l'Afrique du Sud a été constituée par ses mines. D'abord, les diamants, puis l'or ont coopéré pour faire de l'Afrique du Sud, pauvre pays pastoral inconnu, une puissance industrielle égale à celles du Canada et de l'Australie. On sait maintenant que, déjà au temps des Phéniciens, les mines d'or étaient exploitées ; non pas celles du Transvaal, mais celles de la Rhodesia, entre le Zambèze et le Limpopo.
    Les traces de ces exploitations existent encore et on y travaille maintenant de nouveau avec beaucoup de succès. Les monuments d'Égypte de l'an 1700 avant J. C. parlent déjà de l'or d'Afrique. C'est en vérité un pays d'immenses richesses naturelles, dont jusqu'ici la surface a été à peine effleurée. A partir de 1854 on savait déjà qu'il y avait de l'or au Transvaal; mais les " Boers " qui, jaloux de leur indépendance, avaient émigrés du Cap et, en 1552, été reconnus maîtres du Transvaal par le traité de " Sand-River ", ne voulurent pas ouvrir leur pays aux prospecteurs avant 1872. A cette date, le " Volksraad " (parlement boer) vota la première loi réglementant le droit d'exploiter les minerais. le Gouvernement s'est toujours réservé un certain droit sur les profits des mines; il est maintenant de 10 pour 140. Mais, si les mines de diamants de Kimberley furent vite découvertes, celles d'or du Witwatersrand ne le furent qu'après de longues et patientes recherches. (Ce n'est qu'en 1884 que deux Anglais, les frères Struben découvrirent les vastes terrains aurifères. D'abord, ils durent subir nombre de déceptions; mais enfin les résultats furent tellement satisfaisants que le Gouvernement boer proclama ouvertes au public, à partir de 1885, les mines d'or du Witwatersrand.
    C'est de cette époque que date Johannesburg. Située à près de 2000 mètres d'altitude, sur une crête qui va de l'ouest à l'est, ravagée par les vents, sans arbres, enfin au milieu du " high-veldt ", ce n'était certes pas un site idéal pour la fondation d'une ville. D'abord, tout ce dont les mineurs avaient besoin pour leur travail et pour leur existence dut y être péniblement transporté par des chariots à bœufs faisant environ deux kilomètres par heure. Il n'y avait alors de chemin de fer ni au Transvaal ni dans l'État d'Orange, et très peu de routes, même dans la Colonie du Cap. Malgré tout, à la fin de la première année, la population de Johannesburg était déjà de 3000 habitants, et le premier rapport annuel sur les mines d'or du Rand évaluait la production à une valeur de 1 million et demi. Six ans plus tard, les usines des mines s'étendaient sur une surface de trente milles le long de la crête. Enfin, lors du recensement de mai 1911, la population de Johannesburg était de 237 220 âmes dont 120 411 Européens. (On considère comme Européens tous ceux qui sont entièrement blancs)

    (A suivre.)
    ETHEL MATHER BAGG


     


    Une rue des rues de Johanesburg (de l'African World)

    Une rue de Prétoria (De l'African world)

     

    VOYAGE DANS L'AFRIQUE DU SUD

    PAR Mlle ETHEL MATHER BAG

    II

    A Johannesburg - Population - Un musée de peinture en formation -- Les mines d'or du Witwatersrand - La question de la
    main-d'oeuvre - Pretoria -Le Gouvernement de l'Union - Les indigènes dans les mines de diamants - Le retour par Lourenço Marques.

    La ville de Johannesburg ressemble un peu à une des villes de l'Ouest des États-Unis : elle a de grandes rues avec des magasins offrant toutes les dernières nouveautés de Paris et de Londres, un bon service de trams électriques rayonnant dans la banlieue, des maisons qui peuvent rivaliser pour la hauteur avec celles de n'importe quelle cité.

    Par-ci, par-là, cependant, on voit encore les restes d’un champ minier, de petites maisons basses avec les toits en tôle ondulée; mais ces vestiges vont disparaissant peu à peu.
    Le " quartier de l'Étoile " de Johannesburg est ParkaTown, situé à environ dix minutes en auto du centre de 1a ville. I1 offre de jolis habitations, presque toutes entourées d'un jardin. M. Herbert Baker, qui fut l'architecte de la maison de Cecil Rhodes à Capetown (et qui est un des deux architectes choisis par le Gouvernement anglais pour construire les bâtiments gouvernementaux dans la nouvelle capitale de l'Inde, Delhi), a élevé beaucoup de ces villas, et les grandes comme les petites ont leur caractère à elles, très attrayant. Une grande partie de ParkTown étant située sur une crête, on a de la une vue splendide sur environ soixante milles d'étendue, jusqu'à la chaîne des montagnes de Magaliesberg, en ayant à ses pieds "Eckstein Park"
    Au printemps, les fermiers ont coutume de brûler la vieille herbe du veldt pour faciliter la croissance de la nouvelle. Le soir, on voit ces feux s'étendre à l'infini et l'effet de ces traînées lumineuses ajoute au mystère des nuits d'Afrique. Et elles sont merveilleuses avec leur lune énorme et les étoiles brillant à travers une atmosphère d'une pureté et d'une sécheresse inconnues en Europe, dans un ciel presque toujours sans nuages.

     

    La population de Johannesburg conserve encore le caractère mélangé d'une cité où se sont réunis des hommes venus de toutes les parties du monde. Les gens d'affaires sont pour la majorité Anglais ; on trouve certains nombre d ' Allemands et très peu de Français. Parmi les petits commerçants, beaucoup de Juifs Polonais, de Grecs, d'Indiens, de Chinois, et toutes sortes de métis. Il est curieux de noter qu'à la déclaration de la guerre balkanique, les Grecs, en très peu de jours, ont réuni environ une somme de 15 000 francs et que plus de cent d'entre eux sont partis pour aller défendre leur pays.
    Un des reproches qu'on a faits aux habitants de Johannesburg, c'est qu'ils voulaient s'enrichir du produit des mines, puis, oubliant le pays qui leur a donné tant de richesses, aller s'établir en Europe, surtout à Londres. Mais ceci ne peut s'appliquer qu'à un tout petit nombre d'Individus. Il y en a qui, pour une raison ou pour une autre, ont dus quitter le pays, mais qui lui ont témoigné leur reconnaissance d'une façon très tangible. Parmi eux, les multi-millionnaires MM. Rhodes, Belt, Wernher ont laissé de fortes sommes pour les oeuvres d'assistance publique et d'éducation; au mois de novembre dernier M. Max Michaelis a acheté une superbe collection de tableaux hollandais, appartenant à Sir Hugh Lane, pour la donner à l'Afrique du Sud comme noyau d'une galerie de tableaux anciens. (On dit qu'il a donné une somme de 120 000 livres sterling dans ce but). Parmi ces toiles il y a un Rembrandt, un Franz Hais et beaucoup d'autres oeuvres de premier ordre. C'est probablement Capetown qui aura le privilège de loger ces chefs d'oeuvre. Johannesburg, grâce à quelques citoyens dévoués à l'intérêt public, possède de son côté une galerie d'art moderne qui, bien que peu considérable par le nombre des toiles, est regardée comme très intéressante et bien choisie. Il s'y trouve plusieurs productions d'artistes français, entre autres, de Rodin, un buste de femme, digne des meilleurs morceaux de ce maître.
    Quelques-uns des hommes d'affaires, qui ont voulu établir leur " home " à Johannesburg, ont acheté de très belles propriétés et y ont construit des maisons agréables et confortables, Ainsi Sir George Farrar possède à environ dix kilomètres de la ville une grande ferme "Bedford Farm " dont une partie appartenait autrefois à un Boer et dont les vieilles constructions existent encore, Sir George s'en occupe, en dehors de ses affaires : il se consacre surtout à l'élevage du bétail de race pure. L'architecture de sa maison est un des meilleurs spécimens du vieux style hollandais adapté aux besoins actuels.
    Nous allons étudier maintenant les mines d'or du Witwatersrand, dont l'importance dans la vie économique des grandes nations ne saurait être mieux évaluée que par ce détail; la valeur de leur production dépasse le tiers de la rente annuelle du mondé entier. On extrait de l'or au Transvaal en dehors du Witvatersrand, mais comme ces dernières mines fournissent le 95 pour 100 de la production totale du pays, nous nous occuperons exclusivement de cette région. Nous avons déjà vu comment ces terrains aurifères furent découverts et mis en exploitation par les entreprises privées sous l'administration du Gouvernement boer en 1886. Mais le plein développement de l'extraction ne date vraiment que de 1902, année où le Transvaal et l'état d'Orange devinrent anglais. Avant cette époque, l'industrie devait supporter toutes sortes de restrictions embarrassantes de la part du Gouvernement boer.
    Les géologues n'ont pas encore déterminé à quelle période l'or se déposa dans les cailloux de quartz usés par les vagues, cimentés ensemble par leur propre poussière, et placés entre des couches de pierre à sablon. Mais on s'accorde généralement à penser que les éléments originaux de ces couches de conglomérats furent graduellement rongés par les vagues d'une ruer intérieure, dont les rivages étaient constitués par des collines de pierre à sablon avec des veines de quartzite; les matériaux ainsi corrodés furent déposés en couches au fond de la mer. Au cours de longues périodes géologiques, des fragments de quartz et des grains de sable formant une masse large de plusieurs kilomètres furent encore soudés dans des bandes de pierres horizontales; une grande convulsion souleva le fond de cette mer primitive et forma les courants de rocher fondu à travers les fondations du continent en granit, et, s'exerçant avec une pression inégale, souleva à la surface la lisière septentrionale de ces bandes de congloméré et de pierre à sablon entre-stratifiées. Après une autre période d'une durée qu'il est impossible d'évaluer, la surface de la terre prit l'aspect que les premiers prospecteurs lui découvrirent. Il est également impossible de fixer l'époque à laquelle l'or entra dans ces fonds conglomérés.
    Est-ce quand ceux-ci et les pierres à sablon furent déposés au fond de la mer ou quand les courants de matière fondue y pénétrèrent, au temps des grandes convulsions? Mais ce qui est certain, c'est l'étendue et la stabilité de ces dépôts.
    Les bords relevés du bassin du Rand peuvent être délimités exactement et, bien que les bandes de conglomérés et de pierres à sablon aient été interrompues par l'irruption de roches ignées, elles plongent au sud avec une certaine régularité de courbure. Des sondages faits dans les fonds conglomérés ont suivi l'inclinaison jusqu'à une profondeur de 1200 mètres, et prouvé que les dépôts d'or sont constants jusqu'à ce point. Donc, les opérations minières se font non seulement sur une étendue d'environ 60 milles, où l'or se montre à la surface, mais à cette grande profondeur. Comme en raison de l'altitude du Rand la température s'élève peu lors qu'on gagne en profondeur, il est possible de creuser des puits de mines à une profondeur bien plus grande qu'ailleurs. C'est cette constance générale et cette vaste étendue qui font du Rand le plus grand producteur d'or du monde.
    On a calculé que pour chaque particule d'or il y a de 50000 à 90 000 particules de matières sans valeur, ce qui donne par tonne de minerai un revenu très faible en comparaison des autres mines d'or du monde.
    Pour conduire les opérations minières avec profit, il faut extraire tout l'or contenu dans ce minerai, et dans ce but les procédés mécaniques et chimiques les plus perfectionnés sont employés. Les ingénieurs miniers les plus habiles, dont beaucoup sont venus des Etats-Unis, ont été appelés aux mines du Rand ; c'est grâce à eux, en grande partie, que cette industrie est maintenant établie sur une base solide.


    La région des mines du Transvaal: vue générale des mines d'Angelo

    Après que le minerai a été extrait du fond et amené à la surface, selon les procédés ordinaires employés dans le travail des mines souterraines, il est écrasé par des bocards de divers genres et réduit en poudre fine. Celle-ci est mélangée avec de l'eau et distribuée sur des lames de cuivre couvertes de mercure. Toutes les particules d'or libre sont retenues sur ces laines, et le précieux métal ainsi, obtenu forme environ 60 à 70 pour % de l'or contenu dans le minerai. II reste donc 30 à 50 pour 100 d'or dans ce dernier. Celui-ci est repris et écrasé encore plus finement dans des machines récemment imaginées. La poudre très fine qui en résulte, est saturée de cyanure de potassium ou de sodium. Le cyanogène, qui a une affinité spéciale pour l'or, se combine avec lui sous forme de cyanure d'or et laisse libre le potassium ou le sodium. Cette solution aurifère est ensuite déposée dans des boites où se trouve du zinc. Le cyanogène, ayant une affinité encore plus grande pour le zinc, abandonne l'or, qui tombe en poudre fine au fond de ces boites. Après cette dernière opération, l'or est enfin recueilli et fondu en lingots. Grâce à l'emploi de ces procédés perfectionnés, on arrive à retirer jusqu'à 96 pour 100 de l'or déposé par la nature dans le rocher.
    Aucun géologue autorisé n'a pu encore prévoir une limite quelconque à la production. On lira avec intérêt ce que dit Sir Lionel Phillips, un des hommes les plus qualifiés pour donner leur avis sur ces questions minières. Dans un article du Times du 5 novembre 1910, sur les chances de dune de cette industrie, il écrit : " Aujourd'hui, personne n'a à craindre ou la disparition de ces dépôts, ou leur épuisement sérieux dans les limites d'exploitation pratique des mines. La question économique future se résoudra par l'ample développement de l'outillage des mines pour leur exploitation à une grande profondeur. On lira avec intérêt ce que dit Sir Lionel Phillips, un des hommes les plus qualifiés pour donner leur avis sur ces questions minières. Dans un article du Times du 5 novembre 1910, sur les chances de durée de cette industrie, il écrit : " Aujourd'hui, personne n'a à craindre ou la disparition de ces dépôts, ou leur épuisement sérieux dans les limites d'exploitation pratique des mines. La question économique future se résoudra par 1'ample développement de l'outillage des mines pour leur exploitation à une grande profondeur. Une ressource suffisante en grosse main-d’œuvre indigène est un autre facteur essentiel... Pourvu que le Gouvernement ait une politique d'activité et de progrès, un avenir brillant est assuré à l'Afrique du Sud.
    Il était de mode autrefois, spécialement dans les cercles mal disposés en faveur de l'industrie aurifère, de prédire que sans quelques années il y aurait seulement des trous dans le veldt pour indiquer où elle florissait jadis. Mais cette manière de voir n'est plus soutenue par aucun de ceux qui connaissent les vraies conditions du Rand. Les 60 milles de longueur des dépôts sédimentaires qu'on exploite maintenant ne seront pas épuisés au cours de ce siècle. Il faut ajouter que pour le moment notre connaissance est limitée au rivage du nord de cette mer des temps passés. Nous avons connaissance de courbures au sud, à Modderfontein à l'est, et à Randfontein à l'ouest, et nous connaissons un petit morceau de la serie du " main reef " à Heidelberg, à 85 milles au sud, où la formation s'infléchit vers le nord, et d'où nous pouvons déduire que nous sommes arrivés au rivage opposé; mais, par tout ce que nous savons, on pourra encore découvrir des surfaces de la mer dans d'autres parties du Transvaal, surtout vers Potchefstroom et Klerksdorp, qui serviront à développer la production de l'industrie aurifère dans ce pays. En résumé, au point de vue pratique, on peut regarder l'industrie des mines d'or comme permanente. "
    Une des questions les plus importantes, sinon la plus importante, a toujours été la main-d' oeuvre.
    L'Afrique du Sud différé de l'Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, par la présence d'une population indigène beaucoup plus dense que la population européenne. Tandis que, pour ces autres pays, la source de la grosse main-d’œuvre est, en général, l'Europe, l'Afrique du Sud a toujours dépendu des gens de couleur pour tout travail manuel. Et, bien qu'ils s'y trouvent en très grand nombre, ils n'ont jamais suffi pour les différentes industries, voici des chiffres sur la demande et les réserves en main-d’œuvre extraits du rapport de la commission des affaires indigènes, qui, bien que datant de 1904, donnent encore une idée de la situation d'aujourd'hui. D'après les calculs faits, il existe une demande estimée constante de 782 000 ouvriers, et une réserve estimée constante de 474 472 (dans les territoires de l'Afrique du Sud sous le Gouvernement Impérial), ce qui fait ressortir une différence de 307 528 entre le chiffre de la main-d’œuvre désirée et le chiffre actuel. Pour satisfaire à cette demande, la main-d'œuvre indigène doit être suppléée par l'emploi d'indigènes provenant soit d'autres parties de l'Afrique, soit de l'Inde ou de la Chine.
    Au commencement de la fondation de la Colonie du Cap, on avait établi le principe que tout travail manuel devait être fait par des indigènes; mais, même dés cette époque, la réserve de grosse main-d’œuvre ne suffisant pas pour les fermes, les vignes et le service des Européens, on eut recours aux Indiens et à des esclaves du centre de l'Afrique.
    Plus tard, les colons du Natal engagèrent des " coolies " de l'Inde pour travailler dans leurs plantations de thé et de sucre. Les milles de diamants de Kimberley recrutèrent plus facilement leurs travailleurs à cause des profits exceptionnels de l'exploitation : ceux-ci recevaient en effet des gages montant quelquefois à une somme dix fois plus élevée que celle payée par les fermiers. Mais, dans les mines d'or, les conditions d'exploitation nécessitèrent une stricte économie dans le prix de la production,. et pour cela une nouvelle méthode de réserve de travailleurs fut installée. Les demandes de cette industrie croissante augmentèrent toujours et, pour y suppléer, un système de recrutement fut inauguré. Des agents circulèrent à travers les territoires portugais et les Etats Sud Africains, visitèrent les kraals et, en s'adressant aux chefs et aux indigènes, les déterminèrent à venir travailler au Rand.
    Maintenant, ce recrutement est organisé par deux sociétés qui travaillent amicalement l'une à côté de l'autre, et ont presque mis fin à la concurrence désastreuse qui faisait monter le prix de la main-d’œuvre.
    Une particularité de l'emploi de cette main-d’œuvre, c'est qu'on ne peut pas compter sur elle pour plus de six à douze mois consécutifs (Ceci s'applique aussi aux domestiques, et comme tous les Européens établis dans l'Afrique du Sud emploient à ce titre des gens de couleur, ils sont obligés de se régler sur les mœurs des indigènes). Après ce laps de temps, ayant amassé un petit pécule, les naturels retournent dans leur famille, achètent du bétail pour le donner à quelque père de famille en échange d'une de ses filles, et restent paisiblement chez eux avec très peu de besoins. Une fois leur argent épuisé, ou fatigués de la tranquillité de la campagne, ils retourneront à la ville pour une nouvelle période de service.
    Après la guerre de 1902, la main-d’œuvre fit défaut partout dans l'Afrique du Sud. D'abord, les indigènes employés par les autorités militaires avaient fait tant de profits pendant la guerre qu'ils ne se souciaient plus de travailler dans les mines. Puis, après la conclusion de la paix, il y avait eu maints travaux à faire partout: pertes matérielles à réparer, nouveaux chemins de fer et travaux publics à entreprendre.
    L'industrie minière du Transvaal chercha d'abord dans toute l'Afrique, puis dans l'Inde, d'où elle essaya de faire venir des " coolies " ; mais, n'ayant pas réussi de ce côté, elle en arriva à penser que le meilleur remède serait d'attirer des Chinois. On en fit donc venir environ 54 004, et cette expérience fut tout à fait satisfaisante. Il est hors de doute que c'est l'arrivée des Chinois qui sauva l'industrie de l'Afrique méridionale d'une crise économique désastreuse. En 1907, le Gouvernement du Transvaal, sous la pression du Gouvernement Impérial, décida de rapatrier graduellement les Chinois, et, lors de l’union des quatre Etats en mai 1910, il n'y en avait plus dans les mines. Dans la même année, le gouvernement Indien décida de ne plus permettre à ses administrés d'aller travailler dans les plantations du Natal. L’union du Sud africain dépend donc à l'heure actuelle, pour sa main-d’œuvre, uniquement de sa population mixte, si
    L’on en excepte la population Malaye de la province du Cap, les Indiens domiciliés au Natal et au Transvaal et quelques ouvriers asiatiques. Après le départ des Chinois, les indigènes vinrent en plus grand nombre aux mines; ils avaient, en effet, eu une longue période de repos, et les travaux entrepris après la guerre étaient terminés. Maintenant, 200000 indigènes environ sont employés dans les mines d'or du Rand; mais ce nombre ne suffit pas pour l'extension des nouvelles entreprises minières en projet. La question de savoir comment obtenir la main-d’œuvre nécessaire est donc plus pressante que jamais. On a, il est vrai, paré dans une certaine mesure à cette difficulté par l'emploi de machines. On a essayé en outre, mais sans succès, de mélanger les ouvriers blancs et noirs. I1 faut savoir qu'un homme blanc, dans ce
    pays, ne fera pas le travail d'un nègre; d'ailleurs, s'il le faisait, il en résulterait toute une dislocation sociale. Puis, l'ouvrier européen, dans l'industrie aurifère du Rand, est un des ouvriers les mieux payés du monde. Il reçoit en moyenne 1 livre sterling par jour, et le salaire de beaucoup d'entre eux s'élève jusqu'à 1 livre et demie, pendant qu’un nègre touche environ 30 livres sterling par an. L'exploitation des mines serait donc impossible dans ces conditions.
    Pour vivre avec quelque confort, un Européen avec sa famille doit gagner un salaire d'au moins 300 livres sterling par an. Quelques compagnies ont organisé un système pour faciliter aux ouvriers, pour un prix minimum, l'achat de leur propre maison avec un peu de terrain autour. Mais dans tous les cas, ils sont très confortablement logés. Presque toutes les mines ont leur terrain de sports, une salie de fêtes, un hôpital et une église. Les indigènes aussi sont bien logés et nourris. Ils ont leurs magasins dans les " compounds ", où ils peuvent acheter les choses de première utilité et les articles de luxe qui les attirent par leur aspect brillant.
    Quittons les mines d'or pour aller passer une journée à Prétoria, et pour visiter la plus grande mine de diamants du monde, la " Premier mine ", située à environ 30 milles de la ville.
    Nous sommes allés de Johannesburg à Prétoria, en auto; comme le chemin est très bon et peut être parcouru en une bonne heure, il est plus intéressant de le faire par la route que par le chemin de fer. En sortant de Johannesburg, on voit un dernier vestige de la guerre, un " block-house ". Tout de suite après, nous trouvons " Orange Grove ", ainsi appelé à cause des quantités d'orangers qu'on y cultive, et dont le parfum est délicieux. Entre Johannesburg et Prétoria, plusieurs jolies fermes; dans l'une d'elles, on élève des autruches. Tout près de Prétoria, " Roberts Heights ", une des stations militaires de l'Union. Ce voisinage d'une caserne et d'une ville ajoute naturellement beaucoup à l'animation de celle-ci.
    La ville a un caractère bien plus hollandais que Johannesburg. Elle a toujours été le siège du Gouvernement du Transvaal, et elle est maintenant le siège du Gouvernement exécutif de l'Union. Ce Gouvernement exécutif se trouve entre les mains du représentant du Roi, le gouverneur général, qui est en ce moment Lord Gladstone, fils de l'illustre homme d’état.
    Voici quelques détails sur l' Union. Au lendemain de la guerre, les quatre États de l'Afrique du Sud étaient administrés comme une colonie de la Couronne. c'est-à-dire qu'elles dépendaient du Ministère des Colonies à Londres. En 1905 on décida d'octroyer un régime parlementaire au Transvaal. Mais, peu après, lorsque le paru libéral arriva au pouvoir, il s'empressa de doter les quatre colonies d'une autonomie complète, avec un Parlement responsable et avec un gouverneur général représentant le Roi, comme cela existe dans les grandes possessions anglaises. Les sièges parlementaires furent répartis de telle façon que le Transvaal, où la majorité des habitants sont Boers, fût favorisé par le nombre. Il en résulta que la majorité fut hollandaise. Les Boers out donc le gouvernement complètement dans leurs mains. Ils ont parfois favorisé les leurs à l'excès et se sont ainsi aliéné les populations anglo-saxonnes. Mais le général Botha est un premier ministre habile qui s'efforce de maintenir l'union entre les divers éléments de la, population.
    Le Parlement de l'Union, composé du Sénat et de " House of Assembly ", réside à Capetown, et beaucoup pensent qu'il serait bien plus pratique d'unir les deux pouvoirs, le législatif et l'exécutif dans un même centre. Plusieurs financiers , de Johannesburg sont aussi membres du Parlement, et la distance entre ces villes rend très difficile leur devoir civique. Mais on doit compter avec les jalousies des villes rivales. Pourtant, il faut espérer qu'une fois terminés les bâtiments du Gouvernement, que l'on construit à Prétoria, on pourra tomber d'accord sur cette question et que le sens pratique, qui caractérise les Anglo-Saxons, finira par l'emporter sur l'esprit de clocher.


    Les grands réservoir contenant le Cyanide pour le traitement des minerais

    En allant en auto à la " Premier Mine ", nous passons devant les plus jolies résidences des habitants de Prétoria. Beaucoup d'arbres et de fleurs et l'aspect est avenant et gai. Enfin, nous arrivons à la mine : notre auto s'arrête devant une grille de fils de fer barbelés qui clôt tout le terrain d'exploitation, ainsi que les alentours, occupés par les quartiers des Cafres. Toutes les mines de diamants dans l'Afrique du Sud sont ainsi entourées par ces fils de fer. A une certaine distancer de la première enceinte, nous sommes encore arrêtés par une deuxième grille, qui enferme toujours la mine ; là, il faut montrer la permission de visiter qui nous a été donnée par le chef de la Compagnie à Johannesburg. Ces précautions, naturellement, sont prises à cause de la facilité de cueillir en cachette des pierres précieuses. Les indigènes doivent passer tout le temps de leur service enfermés à l'intérieur de cette grille ; mais, comme ils s'y trouvent dans des conditions très confortables, avec toutes sortes de divertissements, ce n'est pas une chose pénible pour eux. Tous ceux qui entrent au service de la Compagnie connaissent d'ailleurs ces conditions et ne semblent pas les trouver trop dures, puisqu'ils reviennent assidûment travailler aux mines.
    Avant de quitter l'enclos, ils sont isolés et enfermés pendant deux jours, car une des façons de cacher les pierres est de les avaler. Ils ont d'ailleurs plusieurs procédés pour dissimuler leurs larcins, par exemple en introduisant les pierres dans leur nez, ou dans un trou pratiqué sous la peau.
    Le diamant est mêlé à des roches d'où il faut l'extraire en creusant, et ces travaux ont constitué une énorme excavation. Ici, quatre fois par jour, à 6 heures matin et soir, à midi et à minuit, on fait sauter les roches au .moyen de la dynamite. On nous conduit à une certaine hauteur, hors de la portée des pierres lancées par l'explosion, et nous attendons. A un signal donné, tous les ouvriers abandonnent précipitamment leur chantier, et ceux qui doivent rester se mettent sous des abris. Puis, tout à coup, la terre commence à sauter et toute l'étendue de l'excavation, si grande que les ouvriers ne semblent plus que des fourmis, se remplit de fumée, de rochers et de débris projetés en l'air, avec un bruit formidable, par la force de l'explosion.
    Les roches diamantifères extraites de la mine sont soumises à l'action de différents bocards; puis, quand elles sont réduites eu débris assez fins, elles sont projetées sur des lames couvertes de gélatine.
    Cette substance a la propriété de retenir les diamants ; quant au reste, il est entraîné par l'eau que l'on fait couler dessus. On nous montra une poignée de diamants : c'était la récolte de la journée. Naturellement, la qualité des pierres n'est pas toujours la même, une grande partie d'entre elles ne peuvent être employées que dans l'industrie, pour servir, par exemple, à la taille des diamants de prix.
    Pour juger des conditions dans lesquelles vivent les indigènes dans une mine de diamants, je ne puis mieux faire que de citer les paroles de M. Basil Worsfold, dans son livre L'Union de l'Afrique du Sud. " L'enclos de la mine de Kimberley, dit-il, est une petite mine à part. Elle abrite 2 000 indigènes (a la " Premier Mine ", il y en a environ 12000). On y trouve le magasin où les indigènes achètent leur propre nourriture avec une monnaie spéciale, en cuivre, dont la Compagnie les pourvoit a cette fin. Le magasin paraissait contenir tous les objets qu'on trouverait dans le " magasin général " d'un petit pays anglais. Excepté pour le mealy-pap (bouillie de farine de mais), l'indigène luxueux, qui gagne facilement de 30 shillings à 2 livres sterling par semaine, peut se permettre de vivre sur le pied des classes ouvrières en Europe. Il paye pourtant son tribut à la nourriture européenne, c'est-à-dire qu'il apprend ce que c'est que le mal de dents, qu'il ignorait quand il vivait comme ses ancêtres. Le cabinet du dentiste, dans le dispensaire, est donc en évidence. L'hôpital, que nous fit voir une garde-malade européenne en uniforme, contient une salle d'opération et d'autres salles de pansements et de consultations aussi bien aménagées que celles d'un établissement analogue en Europe. De bons soins médicaux et la meilleure nourriture sont donnés aux indigènes quand ils tombent malades. En réponse a ma demande,, la garde-malade me dit que ses nègres étaient les meilleurs patients du monde; ils n'étaient jamais de mauvaise humeur et faisaient ce qu'on leur disait. Je suggérai que peut-être ils étaient moins sensibles a la douleur que l'Européen, et elle fut de mon avis. On nous montra les salles de clinique: des chambres, larges, propres, bien aérées et heureusement peu remplies. Le plus grand nombre des patients est atteint de pneumonie; la salle réservée aux blessés était assez garnie. La garde-malade nous expliqua que les accidents étaient généralement le résultat de la négligence des "boys" eux-mêmes, ou peut-être, pour parler plus exactement, de leur manque d'intelligence a éviter le danger. Comme en Angleterre, le dimanche pendant certaines heures, il est permis aux malades de recevoir des visiteurs. Je remarquai plus d'un "boy "
    accroupi silencieusement par terre entre deux lits " Ce sont des visiteurs ", nous dit la garde-malade. Ils restaient ainsi accroupis sans parler pendant toute leur visite, ni les malades ni eux n'ayant apparemment rien à se dire


    Le type des logements des ouvriers des mines


    " Par contre, l'enclos de l'hôpital est, le dimanche, rempli d'une foule affairée et bruyante, mais sans tumulte. Des groupes de boys sont dispersés dans la grande cour. Quelques-uns babillent, n'ayant cette fois pas de difficulté à trouver des sujets de conversation hors de la solennité de l'hôpital. D'autres groupes sont occupés à faine de la cuisine sur des feux de bois. Un "boy" est absorbé par le soin qu'il met à tirer des sons d'un piano cafre, un curieux instrument tout plat et qui consiste en une succession de barres en bois séparées par des vides. En frappant ces barres avec un bâton, il arrive à produire en effet des sons, sinon de la musique. Un autre groupe danse, c'est-à-dire que, debout dans un cercle, ceux qui le forment chantent et remuent leurs pieds de haut en bas, comme si il voulaient faire aller un moulin à roue, pendant que l'un d'eux joue des airs étranges sur un concertino. Ce divertissement monotone dure, nous dit-on, du samedi jusqu'au lundi matin; quand un " boy " fatigué, tombe du cercle, un autre entre pour le remplacer. Il est curieux de voir que ces "boys" sont physiquement des hommes mûrs; mais ils ne possèdent qu'une intelligence si rudimentaire, qu'ils trouvent une source de plaisir perpétuel dans un divertissement pareil. Toutefois, ils sont aussi capables de devenir des domestiques et des ouvriers vraiment utiles" .

    En quittant l'enclos, nous rencontrons une queue de " boys " attendant leur tour pour déposer leur argent à la banque. La Compagnie le leur garde jusqu'à, ce qu'ils quittent l'exploitation. Les " boys " signent seulement un engagement à court terme : six mois. Mais beaucoup d'entre eux restent plus longtemps au service de la De Beers, et amassent une somme qui, pour eux, doit constituer une fortune considérable.
    Juste à l'entrée de l'enclos; des chefs cafres, portant des chapeaux de paille européens et des carnets à la main, étaient en train de prélever, des membres de leurs tribus respectives, des contributions d'une façon qui doit être très courante. Ces impôts, nous dit-on, sont toujours payés sans difficulté.
    Ce sont les mines qui ont fait la grandeur de l'Afrique du Sud et lui ont donné l'essor économique nécessaire pour entreprendre d'autres industries. Mais l'agriculture devra prendre sa place à côté des mines si l'on veut maintenir le haut degré de prospérité actuel et le faire progresser. La civilisation, dans les pays neufs, doit s'adapter aux conditions spéciales de la région. Dans l'Afrique du Sud, en particulier, la question de l'eau (car il y a une longue période sans pluie) doit être étudiée très sérieusement. Déjà, beaucoup de personnes s'y intéressent avec succès, ainsi qu'à l'élevage des autruches, des moutons, à la plantation du wattle, espèce de mimosa dont on emploie l'écorce pour la tannerie. Plusieurs Anglais notoires, et parmi eux le duc, de Westminster, ont de grandes fermes dans ces régions.


    Les condamnés aux travaux forcés sont employés dans les mines

    Une des routes favorites pour revenir en Europe est celle qui suit la côte de l'Est. Je suis seulement allée jusqu'à Lourenço Marques, ou l'on prend le bateau. Cette ville vaut bien une visite, car par l'aspect elle se distingue absolument des autres villes que nous avons vues. On part de Johannesburg le soir, vers huit heures et demie, et le lendemain, au réveil, on constate tout de suite une altitude bien plus basse que la veille. Pendant la, nuit, si vous avez regardé par la fenêtre du wagon, vous aurez remarqué le profil des montagnes qui se dessinaient contre le ciel. Elles avaient des formes étranges et pleines de mystère, de même que les silhouettes de plantes à peine visibles dans le clair-obscur. L'air moins âpre, la flore toute différente vous annoncent aussi que vous avez changé de climat.
    A Ressana Garcia, se trouve la frontière portugaise. C'est d'ici que les indigènes recrutés dans les territoires portugais sont expédiés aux mines. A cause de la grande mortalité causée par la pneumonie dans la main-d’œuvre indigène, les chefs de l’industrie minière firent venir de Londres, à très grand frais, pour étudier la question sur place pendant six mois, Sir Almroth Wright, médecin et biologiste, bien connu pour sa découverte du sérum anti-thyphique.
    C'est à Ressana Garcia que les indigènes furent inoculés avec le sérum anti-pneumonique de Sir Almroth, par quelques-uns de ses aides.
    On obtint tout de suite des résultats très satisfaisants. Avant cette découverte, presque tous les indigènes atteints de pneumonie en mouraient, tandis qu'après l'inoculation le mal ne se faisait plus sentir que très légèrement, et la mortalité tombait tout de suite dans de notables proportions. Mais les expériences continuent et l'on en est encore à attendre quels seront les résultats définitifs.
    La plus grande partie de la main-d’œuvre indigène recrutée en dehors de l'Union de l'Afrique du Sud vient de Lourenço Marques, sauf un très petit nombre de mineurs, à peine 8 pour 100, qui viennent de l'Afrique tropicale. Mais tout dernièrement le Gouvernement de l'Union a donné l'ordre qu'on cessât de recruter des ouvriers dans cette dernière région, à cause de la grande mortalité qui sévit parmi les indigènes. Le chiffre très élevé de cette mortalité ne doit pas cependant nous imposer. Quand ces indigènes de l’Afrique tropicale viennent à l'altitude élevée du Transvaal, ils sont répartis dans des compounds où ils restent quelquefois jusqu'à deux ou trois mois pour s'habituer aux rigueurs du climat. Au fur et à mesure qu'ils sont en état de travailler, on les fait entrer dans les mines. C'est dans le petit nombre des restants, reconnus impropres au travail, que sévit l'affreuse mortalité dont nous venons de parler. Il est vrai que tous les indigènes de cette partie de l'Afrique, moins robustes et moins intelligents que leurs congénères du Sud, sont très difficiles à accoutumer au travail et leur absence se fera à peine sentir.
    Vers quatre heures, on arrive à la petite station de Lourenço Marques. Le seul hôtel passable qui existe à l'heure actuelle dans cette ville est le Cardoza; mais je ne puis en rien dire d'après expérience, car j'ai séjourné chez des amis qui avaient loué, pendant quelques semaines, une petite villa appartenant à un Portugais. Notre chef s'appelait " Mahommed ". Il passait la nuit chez lui et arrivait le matin, chargé des provisions achetées pour la journée, il rapportait en particulier des fruits tropicaux délicieux. Il était vêtu d'une longue soutane de coton blanc et coiffé d'un turban rouge; car ici, à Lourenço Marques, presque tous les indigènes sont des mahométans .
    Lourenço Marques joint tous les caractères d'une ville tropicale et africaine à des ressouvenirs des vieilles cités portugaises. Le soir, il y a concert sur la piazza. Les habitants, qui sont presque tous vêtus de blanc, s'assoient aux tables des cafés pour prendre une consommation; ensuite, ils se promènent en bavardant. J'ai été très frappé de la beauté des fleurs qui font à cette ville une superbe ceinture. Toute la végétation du pays est d'une exubérance extraordinaire et d'une splendeur inouïe: bougainvillées mauve, rose, et pourpre, hibiscus flamboyants. Mais la liste serait trop longue de toutes ces magnificences florales.
    Lourenço Marques possède une des plus belles plages pour bains de mer que j'ai jamais vues. Le sable est d'une finesse et d'une blancheur incomparables. On a mis à la disposition des baigneurs un vaste bassin entouré de treillages en fil de fer pour les protéger contre les requins, qui sont très nombreux tout le long de cette côte.
    C'est dans ce coin d'Afrique qu'il m'a été donné de voir le premier vol d'aéroplanes auquel j'ai assisté
    de ma vie. Un Anglais avait annoncé sa première ascension pour un dimanche, et ce jour-là toute la population s'était réunie à l'endroit indique. Il n'y a, pas de routes pour sortir de la ville, ni en voiture, ni en auto. Et pourtant, ces derniers véhicules ne manquent pas ici ! I1 nous fallut donc prendre 1e chemin de fer.
    Quel spectacle amusant que celui de tous les habitants de Lourenço Marques, du gouverneur au plus petit commerçant, réunis ce jour là pour assister au même spectacle. Il y avait là des Portugais, des Anglais, des Indiens, des indigènes de Goa, fort nombreux ici, des naturels de la colonie; enfin, une collection de types et de races, unique au monde.
    La baie de Lourenço Marques (Delagoa Bay) est, après celle de Rio de Janeiro, la plus vase du monde.
    La vue qu'on a le soir, au coucher du soleil, des hauteurs de la ville, sur cette baie traversée constamment par de nombreux navires, est des plus belles et très impressionnante. Pour ceux qui aiment 1a pêche, il y a ici des endroits très poissonneux. La ville est aussi un centre d'excursions superbes le long des cours d'eau qui se donnent rendez-vous en amont de Lourenço Marques. Mais il faut alors se munir de provisions, car les auberges sont rarissimes dans l'intérieur du pays.
    Il est quelquefois difficile de débarquer à cause des rivages marécageux dont le sol, dans beaucoup d'endroits, s'enfonce sous les pas. II est même arrivé une fois qu'un officier anglais s'est enlisé dans ces fanges, tout près de la ville, sans qu'on pût le sauver.
    Lourenço Marques est le port naturel du Transvaal, étant situé à dix-huit heures de distance de Johannersburg, tandis que tous les autres ports sont beaucoup plus éloignés. Mais c'est une possession portugaise, ce qui suscite toutes sortes de difficultés, sans parler de l'état de délabrement et d'incurie dont ce port a tant de peine à sortir. II est aujourd'hui assez profond et assez bien outillé pour suffire au grand commerce. Peut-être, avec le temps, y fera-t-on de nouveaux travaux d'amélioration qui en activeront encore le mouvement commercial.

    ETHEL MATTER BAGG.

     

    RENSEIGNEMENTS PRATIQUES :
    Dans l'intérêt de ceux qui voudraient entreprendre un voyage de ce côté du monde, je vais donner l'idée de ce que cela peut coûter. II y a quelquefois des excursions spécialement organisées à prix réduits pour les touristes pressés; mais je m'occuperai seulement des prix ordinaires. Le prix d'une cabine, tout compris, est d'environ 40 livres sterling, c'est-à-dire 1000 francs. Un peu plus, un peu moins, selon 1a position de la cabine sur le bateau. Voyager par train en Afrique est moins coûteux par kilomètre qu'en Europe; mais les distances sont très grandes. De Capetown à Johannesburg, 1e billet coûte de 175 à 200 francs; en outre, i1 faut ajouter environ 15 francs par jour pour la nourriture. Si l'on veut aller au Carlton Hotel, à Johannesburg, le prix de pension est environ le même que dans un hôtel de ce genre en Europe, mais il y en a d'autres qui ne sont pas si chers. Il faut compter environ 1 000 francs pour toute une excursion de Johannesburg à Victoria-Falls et retour, les Matoppos inclus; mais il y a encore des excursions intéressantes et beaucoup moins coûteuses à faire. C'est vraiment un pays que doivent aller visiter tous ceux qui ont des loisirs : ils ne regretteront ni le temps ni l'argent qu'ils auront consacrés a ce voyage.


    Maison typique des indigènes: faite en argile recouverte de platre avec un toit de chaume